Boys de Pierre Théobald aux éditions JC Lattès

 » Ce serait le bon moment…Autour d’eux, les enfants tombent dans les berceaux comme une pluie de crapauds rigolos. Les amis, les cousins, les cousines, les connaissances, les collègues au boulot. Une avalanche de grossesses, de naissances, d’envois groupés par textos annonçant l’arrivée de Manon, 49 cm, 2,960 kg, la maman va bien, la grande sœur n’est que joie, hâte de faire les présentations, on vous embrasse, de mails émus improvisés au beau milieu de la nuit, de faire-part dans la boîte aux lettres, de visites dans les maternités, de dîners au son du babyphone posé en bout de table ou sur la tablette d’une chaise haute souillée, Désolé pour le bordel, on n’a pas eu le temps de ranger, on est crevés, il ne fait pas ses nuits. Ça vous va si on commande des pizzas ? Et eux, toujours à l’écart, en légère position de retrait, en lisière de ces vies qui se remplissent, Samuel et Suzie réduits au rôle de témoins d’une effervescence qui n’est pas la leur, qui tarde à le devenir, ensuite, toujours, toujours vient l’instant où la question Et vous alors ? Vous vous y mettez quand ?  »

«  Donne ta main. Et touche. Là, sous les côtes. Entre les côtes et le nombril. L’abdomen ? Ouais, l’abdomen si tu veux. Tu sens ? Mais touche putain, t’as la frousse ou quoi ? Bon alors, fais pas tant de manières. Touche. Tu sens ou pas ? Non mais appuie. Appuie, bon sang, je suis pas en sucre. Voilà, comme ça. Alors ? Tu remarques ? Ouais ? Tu sens ? Je vais te dire : c’est le vide, ça. Le vide qu’elles laissent quand elles se tirent. C’est connu comme truc ; pareil à chaque coup. Le trou, c’est le vide qu’elles déposent, le vide qu’elles déposent en partant. D’abord elles sont là, et toi t’es plein d’elles, tu vois. Tu te remplis. Mots gestes regards rires. Bouche nuque cul cuisses chevilles. Ce qu’elles sont. Ce qu’elles donnent. Même ce qu’elles donnent pas. Parce que des fois elles donnent sans savoir. Par mégarde, par méprise. Par maladresse. Elles donnent au-delà de ce qu’elles croient, plus qu’elles ne devraient. Elles donnent trop, c’est plus fort qu’elles. Et puis un matin, basta, la fête est finie. Vont voir ailleurs. Remballent leurs mots, leurs gestes, leurs rires, remballent leurs cuisses et leur cul. Et toi… Ben toi, il te reste ça. Un gouffre au fond du bide, le ventre éparpillé. Juste là. Donne ta main, je te montre encore. Quoi ? Tu veux pas ? Tu fais la gueule ? J’explique, te fâche pas. Je te dis un peu. Ce que ça fait. Pourquoi ça le fait. On cause, quoi. T’aimes pas ça, causer ? Ouais je sais qu’on est en train de baiser, et alors ? De parler, ça n’a jamais empêché de baiser, si ? Tu sais pas faire deux choses à la fois ? Tout le monde sait faire ça. Bon alors. Quoi ? Quoi je chiale ? N’importe quoi. Dis pas de conneries tu veux. Ça doit être une poussière dans l’œil. Ou toi qui te fais des idées. Je chiale pas. Je chiale jamais, tu sauras. Jamais. Allez, enlève ta main, retourne-toi. Viens. Je chiale pas. Retourne-toi je te dis. Je sais que t’as rien à donner. À part ton cul. À part ça. Je sais. C’est pas mal déjà. Retourne-toi. Donne. Ton cul. Viens, allez. Après, j’arrête de chialer.  »

 L’auteur donne paroles aux hommes. Dans ce tout petit roman Boys, nous découvrons Samuel à plusieurs moments de sa vie, Gilles, Fred … Des hommes parfois heureux, ( bien qu’ il faut savoir redéfinir ce qui est le bonheur ), et parfois en grande souffrance. Quelles souffrances les font basculer dans la déprime, la mélancolie, l’incompréhension, la colère … Pour l’un sa femme ne peut enfanter, pour l’autre ce sont des blessures suite à la mort d’un proche dont il est accusé d’être coupable… Des vies écrites, des vies vécues, des moments de vie. Je me suis attachée à quelques personnages, j’ai eu envie de les connaître mieux mais tout va trop vite dans cette écriture. Les noms défilent les uns après les autres, juste le temps de découvrir un brun d’existence, et hop un autre arrive !

Boys offre de très intéressants portraits d’homme de la société d’aujourd’hui, qui résonnent en moi comme une bien triste réalité d’une certaine façon d’être et de vivre.     #Boys #NetGalleyFrance

Boys de Pierre Théoblad

Éditions : JC Lattès

Parution : 3 Avril 2019 – 224 pages