Chroniques hebdomadaires de Cendrine Barrois-Gautier

 » Seule avec elle. Lundi 23 novembre 1992

Une semaine avant le grand départ, j’ai réalisé que le compte à rebours était lancé. cette course, on la prépare ensemble; mais nous n’en parlons pas. Pas envie, pas besoin, puisque l’on aura largement le temps de la vivre. Plus tard. Des images de notre dernier week-end passé ensemble ressurgissent. Dans le calme de la chambre obscure, mon esprit, seulement perturbé par les respirations alternées de ma fille et de mon marin de mari, se projette dans un avenir proche. Dans une semaine je n’entendrais plus qu’un seul souffle, celui de notre fille.  »

J’ai la chance inouïe d’être amie avec Cendrine. Ce sont les livres qui nous ont fait nous rencontrer et n’ont cessé de nous relier depuis quelque temps. Nous sommes dévorées toutes les deux par la passion de la littérature.

Seulement, Cendrine elle écrit aussi ! J’ai découvert sa plume avec les Parenthèses de Bahia, son dernier roman et ces derniers jours, elle m’a confiée timidement ses Chroniques hebdomadaires.

Ces Chroniques ont été écrites alors que son époux, à l’époque le navigateur Alain Gautier vivait son tour du monde en solitaire, c’était l’hiver 1993. Cendrine était restée seule en Bretagne avec leur toute petite fille Ninon. Elle raconte avec une émotion vive son quotidien dans cette attente parfois douloureuse comme réjouissante, ses peurs comme ses doutes, cette course folle, ces hommes qui affrontent l’océan de tous les dangers, ces noms qui pour ma part ont bercé ma jeunesse …. Sa sensibilité à l’environnement, à la mer trop souvent poubelle des hommes … sa colère à l’égard des journalistes qui pour certain, alertent pour bouleverser à la télévision comme à la radio, sans s’être donné la peine de vérifier les informations….

Ces chroniques sont un véritable plaisir de lecture, le temps de quelques mois, d’une course en solitaire, nous découvrons une femme libre et amoureuse, une enfant tout d’innocence et cet homme vagabond navigateur.

En tant que lectrice j’ai lu ces chroniques davantage comme un roman, oui un roman de l’intime. Cette intimité si délicatement transcrite à fleur de mots m’a véritablement touchée . La plume est juste, libre et empreinte de colère parfois (il faut dire il y a de quoi !!). Cette mère qui raconte sa fille toute jeune, c’est touchant à souhait, elle trouve le verbe pour dire le sentiment fort, cher …. Cette femme qui raconte son marin vagabond, c’est puissant, bouleversant… Cette femme qui ose dire sa soif de liberté, de justice … c’est émouvant à qui sait entendre murmurer des mots pudiques.. des mots qui peinent à se cacher des regards, des langues mauvaises…

Je les ai accueillis avec la plus grande joie et tendresse ces mots dévoilés, murmurés … ces mots d’angoisse, ces mots d’amour, ces mots de tendresse, de confiance, ces mots de liberté !

Voilà je suis tombée en amour et sous le charme de ces trois personnes le temps de ma lecture. Et je me dis que je suis vraiment très heureuse et comblée d’en connaître au moins une ! De cette belle fiction qui fut une vérité vraie comme dirait ma grand mère ! la lecture a ravi tout mon être cet après midi de pluie bretonne !

 C’est une envolée ….. un voyage intérieur et autour du monde… des mots qui demandent aussi à voyager …..

Ces chroniques ont été publiées dans le quotidien l’Humanité pendant la deuxième édition du Vendée Globe Challenge.

Chroniques hebdomadaires de Cendrine Barrois-Gautier

Paru : Avril 2018 –  62 pages – 15 euros