Dernières lettres de Montmartre de Qiu Miaojin aux éditions Notabilia

«  Si à l’avenir mon corps et mon âme ne peuvent s’entendre, s’il est impossible que les désirs de mon esprit et de ma chair se reposent sur une seule et même personne, alors cela restera mon drame, je suis déjà préparée à en porter le poids, s’il me faut continuer de vivre, mais je ne saurais renoncer à rien, ni d’un côté ni de l’autre, je veux, autant qu’il me sera possible, et comme je le souhaite, jouir et créer.  »

 

Ce roman est composé de plusieurs lettres écrites par une jeune femme à sa bien aimée. Zoë de son prénom aime Xu corps et âme.  Elle raconte cet amour, cette passion, sa fragilité et ses limites  » Jamais je n’ai adoré et jamais plus je n’adorerai à ce point qui que ce soit sur terre, aucune vérité ne pourrait être aussi éclatante pour mon corps et mon âme, c’est aussi la clef d’une énigme, et le fait le plus joyeux qui soit jamais advenu dans mon existence.  »  Cet amour doit être pur, entier, parfait… aux yeux de la narratrice Zoë, seulement elle se rend compte après quelques conquêtes, que sa sexualité colorée d’éternité, est insatisfaite :  » Dans les différentes relations que j’ai entretenues, je crois que mon éros, jusqu’à présent, n’a jamais connu la satisfaction. Le fait me saute soudain aux yeux et cela me fait mal, mal, terriblement mal. »  Zoë aspire à une union entière des êtres, sexuelle et spirituelle.  «  C’est à cause de mon « insatisfaction »… que Xu, qui avait fait serment de chercher corps et âme à me satisfaire, m’a abandonnée de la façon la plus brutale qui soit, sans s’inquiéter de l’horreur et du désastre où j’allais sombrer… » Cet amour avec Xu et pour Xu a pris fin après trois ans de vie commune. Et c’est toute la tragédie de Zoë qui va donner place à des envies de suicide, de mort.

A savoir, l’auteure est née en mai 1969 à Taiwan et s’est suicidée en juin 1995.  Qiu Miaojin a vécu quelques années à Paris pendant lesquelles, elle a suivi les cours au Collège international de philosophie avec l’exceptionnelle Hélène Cixous.

Très troublant ce roman qui déjà interpelle de par sa forme :  des lettres,  sont elles épistolaires, autobiographiques, romanesques ? Tant de questions qui resteront en suspens. La traductrice nous dit que  nous pouvons les lire dans n’importe quel ordre. Pour ma part j’ai suivi le roman de façon linéaire, je ne pouvais faire autrement.

Intense, oser parler de la sexualité sans sa forme aussi complète, exigeante. D’aborder la trahison, le pardon, la souffrance, le suicide … la mort … l’Amour et l’abandon. Oser parler du corps et de l’âme, tout cela dans une langue forte, puissante, chargée d’émotions, cause peut être de toutes nos blessures, nos souffrances, notre mal d’être.

« Je souffre de tout ce mal qu’on m’a fait, je pleure tout ce que j’aurais pu donner, aux autres, et au monde, alors que je suis dans l’incapacité de rendre ma propre vie un peu meilleure. Le tort n’en revient pas au monde, mais à nos âmes fragiles, nous ne savons pas nous soustraire aux blessures que le monde nous inflige, nos esprits en tombent durablement malades. »

Magnifique !

#DernièresLettresDeMontmartre #NetGalleyFrance

 Dernières lettres de Montmartre de Qiu Miaojin

Traduction : de Emmanuelle Péchenart – Langue d’origine : Chinois traditionnel / complexe

Éditions : Noir sur Blanc   Notabilia

Parution : octobre 2018 – 256 pages – 17 euros

http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/dernieres-lettres-de-montmartre-qiu-miaojin-9782882505170