Entre deux rives, 50 ans de passion pour le monde Arabe de Gilles Gauthier des éditions JC Lattès

 » Si ces souvenirs sont aujourd’hui à la fois doux et amers à évoquer, c’est que ces ponts que nous tentions de construire se sont, en maints endroits, brisés. cela ne veut pourtant pas dire que nous avions tort et que le tâche était impossible. Depuis, d’autres voies de dialogue et d’amitié se sont ouvertes. Mais n’oublions pas, surtout n’oublions pas, que l’ennemi que l’on voue aux gémonies est aussi, malgré ses erreurs, malgré les crimes auxquels l’entraînent ses mauvais guides, un frère, le partenaire de notre commun avenir. »

 » Pour moi, l’essentiel est pourtant de comprendre, de partager, de rapprocher. »

 » J’ai une conviction qui est aussi un espoir, une foi, mais une foi raisonnable. ce que j’ai vu sur la place Tahir, ce que j’ai vu ensuite dans les cafés de Caire, dans les villages de Haute-Egypte et dans les rues d’Alexandrie, ce que j’ai vécu sur la place du Changement de Sanaa, en décembre 2011, quand Gilles Kepel et moi haranguions une foule d’hommes et de femmes de toute provenance….ce que j’entends, ce que je lis sur les réseaux sociaux, tout cela me donne la conviction que le monde arabe est entré en mouvement et que ce mouvement, quelles que soient les souffrances endurées, ne s’arrêtera pas, qu’il ne mènera pas vers la nuit salafiste dont n nous menace, mais que ceux qui s’imaginent que leurs Saintes Alliances vont leur assurer un long et calme répit se trompent également. Ce sont eux, maintenant, qui « labourent la mer ».

Un essai, une autobiographie passionnante à lire, à découvrir. Gilles Gauthier nous raconte bien plus que sa vie de diplomate, puisqu’il commence son récit une quinzaine d’année plus tôt :  » Après la guerre d’Algérie, on proposa aux jeunes gens qui avaient fait des études supérieures – même incomplètes comme les miennes – de partir en coopération plutôt que de faire leur service militaire. …. C’est dans cette montagne, parfois rose au soleil couchant, que tout commença vraiment pour moi. »

De là nous allons le suivre dans ses années de professorat en Algérie, puis au Maroc … Rencontrons d’extraordinaires personnes, comme entre autre, le poète Jean Sénac,  engagé dans la lutte pour la libération de l’Algérie. Il nous parle de ses nombreux amis Sahraouis, qui furent emprisonnés des années durant, La torture …. Puis ce fut des voyages, Beyrouth, Damas … Le retour aux études avec son entrée en langue O, L’Irak … Puis des doutes, des interrogations sur cette destinée :  » Plusieurs fois au cours de mon séjour à Bagdad,  j’ai pensé abandonner ce nouveau métier dont les mœurs de cour m’étaient souvent insupportables. Reprendre mes études d’arabe, me consacrer peut être à la recherche, dans une totale liberté, et non pas courir l’évènement, en balayer l’écume, voilà qui me semblait un sort bien désirable. »

 A le lire, Gilles Gauthier n’avait pas d’autres choix que de vivre en pays arabe : «  La première fois que je me suis trouvé dans les ruelles de Tanger, à l’âge de dix-huit ans,  je me suis aussitôt senti chez moi…….. Dans le monde arabe, de l’âge de dix-huit ans à celui canonique qui est le mien aujourd’hui, j’ai trouvé une complicité, un accueil que ma société, celle de la France d’avant Mai 68 , me refusait après vingt siècles de christianisme, mais surtout après des décennies de bienséance bourgeoise. »

 Entre deux rives, C’est tout un monde qu’il essaye de nous décrire, nous raconter à travers son vécu, ses expériences, ses rencontres, ses amours.  Un récit foisonnant, agrémenté de belles anecdotes colorées sulfureuses, de vie politique. Une réflexion finale très intéressante et surtout optimiste à sa façon.

Un Monde Arabe à découvrir ou redécouvrir, autrement j’ose dire, pas assez nous rappelons ce qui nous rapproche les uns des autres, nos liens. Entendre aussi cette crise qui paralyse ce monde, les bombes qui tombent sur le Yémen, les dictatures, les révolutions, et cette énergie qui est là, au cœur du peuple autrement, ailleurs. Une culture qui revit !

Un grand merci à Gilles Gauthier de s’être ainsi confié, merci beaucoup aux éditions JC Lattès qui m’ont permis de découvrir un homme, tout un monde.

Gilles Gauthier après une vie de diplomate, est traducteur des romans de Alaa El Aswany et conseiller à ce jour de Jack Lang à l’Institut du monde arabe.

Entre deux rives, 50 ans de passion pour le Monde Arabe de Gilles Gauthier

Éditions : JC Lattès

Paru : mai 2018 – 426 pages – 22,50 euros

http://www.editions-jclattes.fr/entre-deux-rives-9782709662369