Être en vie de Cristina Comencini aux éditions Stock

 » J’ai cette capacité depuis mon enfance : quand je vois une personne, je lui associé aussitôt des scènes, des situations. Pendant les six premières années de ma vie, je ne parlais pas. Les médecins pensent que ej souffrais d’une paralysie infantile, personne, ne m’avait soignée, mes parents étaient pauvres et ignorants. Pour moi, le monde était sans paroles, plein de signes, d’atmosphères, de significations. J’ai gardé de cette période cette étrange intuition sur les gens…Comme tu le vois, moi non plus, je ne suis pas tout à fait normale. »

Être en vie, qu’est ce que cela veut-il dire ? Vaste question n’est-ce pas ?

Caterina, une jeune femme, épouse d’un médecin, mère de deux garçons doit se rendre à Athènes pour reconnaître le corps de sa mère trouvé sans vie dans un hôtel auprès de son compagnon Sebastiano. Elle va donc se retrouver face au fils de ce dernier venu également reconnaître le corps de son père. Ils ne se connaissent pas.

Tous les deux face à la mort, ils vont se découvrir, laissant ressurgir leur passé, cette enfance en souffrance. Caterina a été adoptée à l’âge de six ans, c’est tout au fond d’elle même que ce passé s’est emprisonné, ce passé de misère, elle vit avec, et pourtant ! «  la petite fille que j’étais dans ma première vie est difficile, taciturne, et ne se laisse pas apprivoiser aisément. »

Lui, Daniel ne supportait pas la maladie de son père bipolaire. Et avec sa mère ils ont pris la fuite, le laissant à ses propres démons. Cela faisait 15 années qu’il n’avait pas vu son père.

 » Cette histoire nous a fait sentir frère et sœur.  » En essayant de comprendre ce qui est arrivé à leurs parents réciproques, ensemble, Caterina et Daniele vont oser se dire, affronter leur souffrance, la sortir, pleurer et rire tout cela dans la joie et dans la peine, comme une danse, le fameux sirtaki, ils vont oser reprendre vie.

«  Que devez-vous raconter ou taire à ceux qui vous ont attendu, mais ne portent pas le même poids que vous ? Si vous échouez à dire ce que vous avez vu, l’obscurité et la solitude augmentent de jour en joue. Si vous ne parlez que de ça et que vous partagiez pas l’inconscience de ceux qui n’y étaient pas, même résultat, les autres s’ennuient et vous souffrez seul avec vos souvenirs. Au fond c’est le cas pour tout le monde. L’être humain doit pouvoir vivre les deux situations, et c’est peut être ça, la liberté. »

Un très beau roman, une belle découverte pour moi que cette auteure italienne que j’ai envie de lire davantage. Merci à elle pour ces belles pages de lecture, poignantes, profondes, invitant tout à chacun à être en vie.

Être en vie de Cristina Comencini

Éditions : Stock la cosmopolite

Traduction : de l’italien par Dominique Vittoz

Parution : avril 2018 – 239 pages – 20,50 euros