Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle aux éditions Flammarion

 » Reine n’est pas comme sa mère. Elle a de plus en plus peur. Les enfants sont vivants. Elle est heureuse. Mais incapable de se réjouir…Continuer à vivre, c’est les jeter à nouveau dans la pauvreté et dans le malheur. Les assistantes sociales vont revenir enquêter, comme elles l’ont fait toute l’année dernière, à cause du divorce en cours. Elle n’a pas de travail. Pas d’argent. Aucun avenir. Elle n’a qu’une machine à coudre d’un autre temps….Alors quand Reine récapitule tout ce qu’elle connaît et ce qu’elle sait faire, elle n’a rien d’autre que son don de couturière qui ne lui sert plus à rien. »

Un roman fort, poétique et réaliste. Et au delà du récit, de cette histoire vécue malheureusement par tant de personne, en effet, nous pouvons tous être Reine un jour, avons tous une amie, une connaissance Reine dans notre entourage…. L’auteur se veut la plume de ces personnes déshéritées d’un certain lien social comme on dit, c’est un manifeste politique qu’il nous livre là . Il y a une réalité avec ce monde du travail, cette place dans une certaine société que l’on obtient en travaillant et gagnant de l’argent. Seulement ce n’est pas tout et fort heureusement. Reine nous montre comment aussi il est possible de s’ouvrir à autre chose, et vivre l’inattendu. Car c’est bien cela, elle va se découvrir avec un nouveau travail, l’artiste en elle va enfin prendre vie.

En deuxième partie, après cette histoire, il est très touchant ce récit du premier voyage de l’auteur à New-York ! Très engagé..Visitant, entre autre Ellis Island… » Plus d’un million de migrants sont entrés par ce palais de l’immigration, rien que durant l’année 1903 ! Et dire que nous nous plaignons de vingt mille migrants que l’on est incapable d’accueillir et d’intégrer dans notre société. L’économie se mondialise et curieusement les pays se rétrécissent et se ferment au lieu de s’ouvrir. C’est un contresens de ces temps dits modernes. » Il nous rappelle comment s’est construit New-York, avec ses pauvres accueillis en leur temps, grâce à ces immigrés…….Une très belle réflexion sur le passé et surtout sur notre triste réalité d’aujourd’hui, où l’on chasse l’étranger … Pourtant c’est bien tous ensemble que nous pouvons faire de notre monde un monde meilleur ! Ne serait-ce pas en unissant nos forces, nos savoirs….que nous pourrions encore bâtir un avenir plus juste et beau ? Merci Monsieur Seigle.

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

Éditions : Flammarion

Paru : août 2017 – 239 pages – 19 euros