Guerre et père de Marianne Vic aux éditions Fayard

 » Cela fait cinq ans que je ne l’ai plus vu. Souvent, on me demande :
« Tu es fâchée avec ton père ? » Non, nous n’avons jamais été fâchés. Jamais
ouvertement. Comment expliquer aux autres, qui ont des vies de famille à peu
près normales, que nous n’avons simplement pas l’habitude de nous voir ? C’est
un pli que l’on a pris dès mon enfance, j’avais sept ans. Parce qu’il paraît que
l’on s’habitue à tout – à moins que l’on ne fasse semblant –, nous nous sommes
accoutumés à nos absences respectives. Mon cadre familial n’était pas ordonné,
mes parents étaient différents. Ce n’est que ça.
Ma mère est partie après mon sevrage, le couple ne s’entendait plus, ils se sont séparés. Les sept premières années de ma vie se sont écoulées auprès de mon père, dans le sud de la France. Les quarante années suivantes, nous n’avons été ensemble qu’une quinzaine de fois. Nous nous écrivions, nous
parlions quelquefois au téléphone. Nous vivions sur des continents éloignés.  »

C’est une découverte pour moi Marianne Vic, je n’avais jamais entendu parler d’elle avant de lire ce dernier roman. En apprenant qu’elle était la nièce de Yves Saint Laurent, j’ai comme ressenti une certaine curiosité à son égard, une envie de découvrir cette femme. Qu’avait-elle à nous dire ?

Tout commence par une date, 28 mars 2018, celle de la mort d’un héros, Arnaud Beltrame alors qu’au même instant son père part pour le plus long de ses voyages. Destination inconnue mais fatale.

D’un côté l’héroïsme et de l’autre la honte.

Mais pourquoi donc ?

En lisant Guerre et père j’ai vite entendu, de part un ton tout particulier, le sentiment de colère qui habite cette femme. De part une enfance esseulée sans ses deux parents à ses côtés, puisque vite séparés, en retrouvant sa mère après quelques années de désertion du foyer et d’abandon de sa fille, le père lui a confié un jour, qu’elle allait vivre désormais avec sa maman, quitter le sud pour Paris, quitter le père pour la mère. de ce jour, elle n’a que très peu revu son père.

C’est l’histoire d’une enfant blessée et d’une femme jamais en paix, bouleversée intérieurement par ces manques affectifs d’amour et de présence. Elle ne comprend pas et essaye vainement de chercher, ainsi elle remonte dans le temps pour nous raconter qui était ce père au départ, Gabriel, né le 12 septembre 1927 à Oran, son étranger.

Une histoire des origines, de l’exil et de la colère.

Une histoire que l’auteure nous illustre en parallèle, par le récit de Homère. Ce récit que bien souvent son père lui a lu petite,  il lui est toujours en mémoire, et elle cherche, analyse à partir de cette odyssée.

 » Au commencement, j’ai pensé que Gabriel lui ressemblait : Ulysse avait abandonné femme, enfant et parents pour courir le monde. Mais quand il rencontre aux Enfers sa mère dont il ignorait qu’elle fût morte, son chagrin de fils m’émeut. Comme celui qu’il eut en retrouvant son vieux chien Argos sans pouvoir le montrer, au risque de se trahir. Personne n’a ressenti de colère, ni Télémaque, ni Pénélope, ni aucun des autres qui l’ont connu et sont demeurés sur Ithaque.

Tous ont compris qu’il voulait rentrer ;
seuls les dieux l’en empêchaient. D’une certaine façon, Ulysse est le père que j’aurais aimé avoir.  »

Merci aux éditions Fayard et à la plateforme NetGalley de m’avoir permis cette lecture.

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Guerre et père de Marianne Vic

Éditions : Fayard

Paru : 8 janvier 2020 – 240 pages – 18 euros