Impasse Verlaine de Dalie Farah aux éditions Grasset

«  Je ne veux pas écrire qu’on ne me désirait pas. Je raconte simplement la venue du petit bout de chair d’un kilogramme huit cents qui naît le 22 février.
Ma mère n’avait pas établi le lien entre son ventre et moi.
Quand on l’informe que je vais sans doute mourir, quand dans la couveuse elle me voit beaucoup moins grosse que le poulet qu’elle a bouffé la veille, maman pleure. Pas sur elle, mais sur moi. La petite chose qui ne respire pas par elle-même, la petite chose dans cette boîte en verre, c’est quelqu’un, et elle vient de comprendre que c’est un peu elle. Maman m’aime tellement que pendant les mois où mon pronostic de vie est réservé, elle ne mange pas un seul bonbon.
J’ai survécu.
Je voulais voir les prés et les coquelicots.
Je voulais sentir le vent des Aurès.
J’ai passé mon existence à attendre un printemps qui ne voudra pas arriver, à espérer un mois d’avril révolu et ravagé dans le nombril désastreux et comique de ma mère, mais j’ai survécu.
On peut survivre à tout, quand on survit à sa mère.  »

Un tout premier roman pour cette auteure. Une plume donc que nous découvrons à travers une histoire de lien mère fille. Une enfant, la narratrice, raconte sa naissance, raconte sa mère Vendredi, Djemaa en arabe. Celle-ci est née au bord d’une petite ville Berbère,  » L’Algérie, c’est l’Éden de ma mère.  » En effet cette petite algérienne dévore les paysages de son enfance,  » dévale la pente comme un ballot de tissus multicolores » voue un grand amour à son père, berger. Malheureusement celui ci va être tué par des tirailleurs dans d’ignobles conditions. « Ce jour-là on se bat en Algérie, des hommes blancs torturent des hommes bruns qui eux-mêmes en égorgent d’autres. Et blancs et bruns se plaisent à aimer ensemble le ciel, les raisins et la colère du ciel.  »  Orpheline de père, La violence de la mère va s’intensifier à l’égard de Vendredi, jusqu’au jour du grand départ pour la France, mariée à un cousin veuf.

« À la descente du bateau, Vendredi déteste Marseille. Elle déteste l’odeur des poissons grillés et la chambre étroite du beau-frère tatoué célibataire qui travaille sur le port. L’homme l’a dévorée des yeux. Elle a dû dormir dans une pièce unique, se tenir entre un placard et un canapé et manger des sardines non assaisonnées dans une gargote où les hommes l’ont jaugée en souriant. »  C’est une nouvelle vie, Vendredi est belle et avec son mari ils vont d’abord s’installer dans une petite maison à Ponteix, en Auvergne où elle mettra au monde trois enfants, trois petite frisottés. Puis, un nouveau départ pour un autre logement, dans les nouveaux logements neufs communautaires en pleine effervescence à cette époque.

C’est l’histoire de deux petites filles, l’une devenue mère de l’autre. Et l’autre, la narratrice, se raconte, amoureuse des livres, elle aime l’instruction, adore l’école et ce sera là d’ailleurs un des chemin qu’elle va prendre pour échapper à cette mère violente et aimante, mais qui ne sait pas  montrer ses sentiments comme son enfant le souhaiterait. Histoire de lien mère fille, histoire d’exil, histoire d’émancipation … avec une grande sensibilité, beaucoup d’humour, des passages magnifiques comme à la poste, où la narratrice devient le nègre de sa mère, sa première visite au hammam : magnifique j’ai trouvé … très touchant donc, seulement les mots sous la plume de l’auteure, malgré leur poésie, s’enchainent rapidement, trop vite … une véritable course à la vie ?

Nous n’avons pas le temps de savourer par exemple cette enfance algérienne, cette vie de famille en France, jamais il n’est question des frères, cette petite sœur, nous comprenons bien qu’elle est à un moment donné de la vie de la narratrice son sauveur, cependant on ne découvrira rien d’elle …Un peu frustrée donc je suis, mais j’accueille pleinement ce qui a du être une volonté délibérée de l’auteure.

Mais, j’ai tout de même l’impression d’avoir déjà vécu ce sentiment d’écriture « vive », rapide dans mes dernières lectures de nouveautés, serait-ce là aussi un nouveau courant ?

Après lecture, je suis allée à la découverte de l’auteure, écouter des interviews .. et là je suis tombée sous le charme complet de la personne !!!! Elle est vive, belle, joyeuse, brillante, pêchue comme disent les d’jeunes, d’où peut être ce style d’écriture ? elle seule pourrait me répondre …

Merci aux éditions Grasset et la plateforme NetGalley pour leur confiance.

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Impasse Verlaine de Dalie Farah

Éditions : Grasset

Paru : le 3 avril 2019 – 224 pages – 18 euros