La fille secrète de Shilpi Somaya Gowda aux éditions Mercure De France

«  Somer pense à Asha et à Krishnan, ensemble de l’autre côté du globe. Pour la première fois, un océan la sépare d deux êtres qui ont formé le tissu de sa vie. Lorsqu’ils lui ont chacun annoncé leur départ pour l’Inde, elle a pensé qu’ils agissaient l’un et l’autre sur un coup de tête et cherchaient à la punir. Maintenant, elle comprend que cette décision était mûrie de longue date. C’est elle qui s’est laissée guider par la colère et la peur, c’est elle qui a abandonné sa famille sans réfléchir aux conséquences de son choix. Tout comme elle a épousé un homme venant d’une autre culture sans comprendre ce que celle-ci représentait pour lui. Tout comme elle a adopté une petite Indienne sans penser à ce que cela impliquait.  »

Histoire de deux couples, l’un en Amérique Somer et Krishnan et l’autre en Inde, Kavita et Jasu. Leur lien : Asha

Krishan est indien, de Bombay, il est venu faire ses études de médecine en Amérique où il a rencontré Somer. Après leurs études, suite à des fausses-couches, Somer apprend qu’elle ne peut pas avoir d’enfant en raison d’une Insuffisance ovarienne prématurée. Alors qu’elle vivait dans un bonheur insouciant jusque là, débordant d’ambition dans son travail de recherche médicale, en découvrant cette fatalité, cette Ménopause précoce, elle ressent le désir d’enfanter, elle a l’impression que quelque chose lui manque. Elle souhaite un enfant et donc ensemble ils décident d’adopter un enfant du pays de Krishnan.

Kavita, elle lors de ses deux premiers accouchements, elle donne vie à des filles, la première lui est enlevée directement et pour ce qui est de la deuxième, secrètement, avec l’aide de sa sœur elle, va déposer cette petite fille de trois jours, qu’elle va appeler Usha, à un orphelinat à Bombay.

Cette petite va être adoptée par Somer et Krishnan.

Nous allons au fil des pages lire les émotions et interrogations de chacun. Les doutes et les peurs, les colères de Somer comme maman adoptive, qui ne sent pas au départ cette fibre maternelle. Les angoisses de Kavita qui vit seule avec ce secret et qui chaque jour prie pour ce bébé abandonné.

L’enfant grandit, Usha devenue Asha lors de son adoption, qui n’est encore jamais retournée enfant en Inde, souhaite à la veille de ses vingt ans, partir toute seule pour un stage de journaliste au Times à Mumbay. Sa mère n’accepte pas ce départ, ses peurs remontent à grande vitesse à la surface, peur de perdre sa fille, peur qu’elle devienne un peu trop indienne ? Peur qu’elle recherche ses parents biologiques. Sa colère prend tout son sens.

 » L’Inde fait partie d’elle, Somer. Tout comme elle fait partie de moi.  » lui dit un jour Krinshan.

Voix donnée aux adoptés, aux parents adoptifs, aux parents biologiques. L’auteure a su parfaitement avec beaucoup de justesse raconter ses êtres en souffrance pour les uns, en joie pour les autres, et aussi en quête.

Pas facile d’être parents adoptifs, trouver l’équilibre qui fait que l’enfant s’intègre parfaitement à sa nouvelle vie tout en lui laissant la possibilité de découvrir ses racines culturelles et autres …

Pas facile d’être enfant adopté, est-ce nécessaire, vitale de retrouver ses origines biologiques ? Vastes questions, n’est ce pas ?

 Au cœur de cette histoire romancée, parviendront-ils à s’écouter les uns les autres, pour pouvoir chacun vivre ce qui leur est essentiel au fond d’eux même ? Feront-ils face aux colères, aux jalousies ? L’amour sera-t-il plus fort que tout ?

Il faut beaucoup d’amour, d’empathie pour vivre ensemble entre parents et enfants adoptifs. A mon sens, source d’un bon équilibre.

Est-ce vitale de connaître d’où l’on vient pour avancer et se construire dans la vie ? Plus j’avance en âge, je me dis que ne pas connaître d’où l’on vient, le passé de ses origines, c’est justement peut être une source de grande liberté, oui de liberté j’oserais dire. Mais je m’éloigne peut être …

J’ai été très sensible à ce roman magnifique d’une force incroyable car beaucoup de similitude avec celle de notre couple avec l’Inde au cœur de notre joie d’être ensemble. Des questionnements subtiles et très intéressants à propos de la maternité, le fait à tout prix de devenir mère et bien évidemment sur l’adoption. C’est un très vaste et complexe sujet  comme le confirme si bien Asha qui mérite bien plus que ces quelques lignes que j’essaye d’écrire pour vous.

Certes, tous les adoptés ne vivent pas nécessairement ce besoin d’un retour aux sources. Pour preuve. Beaucoup savent vivre le présent qui leur a été donné, je n’ai pas dit offert, car ils n’ont rien demandé. Ceux là sont certainement les plus paisibles au fond d’eux, aucune colère, aucune culpabilité. Par contre ceux qui retournent dans ce pays qui les a vu naître, ne trouvant aucun document, aucune trace de leurs origines reviennent blessés … gardant en eux des questionnements et un mal-être.

Le parcours de Asha, dans ce sens est extraordinairement riche, certes je ne veux pas vous le dévoiler, je vous invite juste à lire ce roman fort, puissant car très humain dans son histoire. Foisonnant d’amorces de réflexions et d’échanges ….

Dans ces années 70-80, les orphelinats ne créaient pas de dossier à l’accueil des enfants. Depuis quelques années l’Inde à fermer l’adoption aux pays étrangers.

 

La fille secrète de  #Shilpi Somaya Gowda

Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche

Éditions : #Mercure De France

Paru : mars 2011 – 430 pages – 26 euros