La grande escapade de Jean-Philippe Blondel aux éditions Buchet-Chastel

 » La bande. C’est un mot que ses membres affectionnent. Elle existe depuis deux ans à peine – depuis que les enfants ont le droit de jouer ensemble, du moment qu’ils veillent les uns sur les autres. Elle a un chef incontesté – Baptiste Lorrain – et un lieutenant chargé de faire appliquer les ordres. Jusqu’à il y a peu, c’était Philippe Goubert qui tenait ce rôle, parce qu’il est le voisin direct des Lorrain. Dernièrement, néanmoins, il y a eu des remous et de l’agitation.  »

 

Ce roman est aux couleurs de l’enfance, ils sont cinq garçons entre 10 et 12 ans, une petite bande. Ensemble ils habitent presque, puisque un de leur parent est institutrice ou instituteur. Tous logés dans des appartements de fonctions au dessus de l’école des filles et celle des garçons qui est le groupe scolaire Denis Diderot. Oui encore dans cette campagne non loin de la capitale, la mixité n’est pas d’actualité. Mais ce n’est sans tarder, elle vit ces dernières heures, car arrivent dans cette petite communauté qui pense bien se connaître, un instituteur Charles Florimont, missionné par l’inspecteur pour je cite  » tirer de leur torpeur tout un groupe d’instituteurs qui s’endormaient, selon lui sur leurs lauriers et en remettaient plus en cause leurs pratiques pédagogiques. » Charles Florimont pratique la méthode Freinet qui a pour objectif, entre autre, de mettre l’enfant au centre des décisions. De toute évidence l’arrivée  » d’un de ces jeunes barbus joueurs de guitare qui n’hésitent pas à porter des sabots et qui conduisent des 2CV vertes  » (sans retouche !!) n’est pas bienvenue.

Histoire de l’enfance de ses jeux, de ses petits soucis existentiels, de ses déceptions comme ses joies .. Et puis histoire d’adulte. Ah ! les adultes qui pensent tout savoir, connaître tout le monde mieux qu’eux-mêmes, qui passent leur temps à émettre des jugements de valeurs en étant persuadés qu’il s’agit d’idées solidement ancrées et fondées, comme le constate avec beaucoup de clairvoyance le jeune Baptiste…. On y rit comme on pleure.

Il va falloir cette escapade en train à la capitale pour que quelques uns se découvrent … Il faut cet incident incroyable pour que tout bascule …

Ce roman me fut savoureux à souhait, une lecture très agréable, et aussi, fut une véritable invitation pour moi, d’un retour vers le passé. Effectivement, fille d’instituteur, instituteur engagé, barbus et chaussé de sabots qui n’était pas non plus le bienvenu dans cette école primaire catholique du centre Bretagne, de part ses couleurs politiques, je ne peux qu’en lisant ces pages sur Charles et les autres, visionner mon père et ses collègues dans les mêmes années, mes camardes filles et fils aussi d’instits, mes instits collègues de mon père … tout un monde qui en lisant ce roman me souffle discrètement à l’oreille qu’un jour je pourrais peut être écrire cette histoire. Certes elle serait bien différente de celle ici racontée. Mais chut patience ….

Un roman qui sous des apparences assez légères, démontrent un monde, là celui des enseignants mais qui pourrait être un autre, car ce que nous y trouvons ce sont des adultes avec toutes leurs complexités relationnelles comme existentielles qui méritent réflexion au delà de toute apparence.

La grande escapade de Jean-Philippe Blondel

Éditions : Buchet-Chastel

Paru : septembre 2019 – 266 pages – 18 euros

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