La Maison de verre de Pramoedya Ananta Toer aux éditions Zulma

«  Il y avait cent vingt-trois cahiers, tous couvertes de la méchante cursive de Minke et ponctués de ratures, rédigés en néerlandais. Ils étaient attachés ensemble en plusieurs liasses. La première contenait l’histoire de Nyai Permana, écrite en malais, qui avait été publiée dans le Medan. Je la mis de côté. La deuxième s’appelait Le Monde des hommes, la troisième Enfant de toutes les nations, et la quatrième Une empreinte sur la terre.

Peut être reviendrais-je plus tard sur ces manuscrits, ma dis-je après les avoir dévorés en trois jours.  »

Dans un contexte historique très particulier, fut confiée à Jacques Pangemanann, la lourde charge  de s’attaquer au problème des Indigènes. Le mouvement de ces derniers prenait de l’ampleur. Le Gouvernement se devait d’agir vite et efficacement. C’est ainsi qu’il fut demandé à ce fonctionnaire d’état, de rédiger un rapport sur les indigènes instruits des Indes néerlandaises et donc de Raden Mas Minke, la personnalité la plus importante parmi eux pour l’envoyer rapidement en exil. Seulement Pangemanann vouait un intérêt à cet homme et il était tiraillé entre l’admiration et le devoir de condamner ce dernier. Ainsi, au retour de la traversée qui conduisit Minke à Amboine, Pangemanann écrivit  » C’est la première fois de ma vie que j’ai été lié directement à un évènement historique en exécutant l’ordre accompagner jusqu’à sa terre d’exil l’homme que je considère comme mon maître, Raden Mas Minke. Il est la première victime des initiatives prises par les autorités coloniales pour empêcher les Indes néerlandaises de connaître le sort des Philippines.  » Nous aurions pu imaginer que ce commissaire agisse autrement, prenne la défense de Minke !  mais non au final il va le détruire totalement par des actions insoutenables ! Il va détruire un homme et la vie de quelques uns autour de lui sans scrupule aucun, mais au fond de lui il réalise que tout s’écroule, sa femme le quitte, ses enfants partent en France …. Et suite à la guerre mondiale, il comprend combien il est juste un pion sur le grand échiquier politique…. Mais c’est trop tard.

J’ai eu grand plaisir de lire ce tout dernier volet de la tétralogie Buru Quartet, très dense comme les autres livres, très puissant seulement il me reste un regret, qui est, la trop grande absence de Minke tout au long de ces pages. Car ce commissaire je ne l’ai pas aimé dès les premières pages et c’est lui qui raconte ici toute l’histoire.

Une fresque historique exceptionnelle et incontournable à lire, qui nous permet une certaine compréhension de cette époque coloniale sur l’île de Java. Un homme, Minke qui nous a séduit dès les premières pages du tout premier volet Le monde des hommes. Une vie qui semble faire résonance avec son auteur, celle de cet homme d’un grand humanisme, qui a été emprisonné par le gouvernement colonial hollandais et envoyé au bagne sous la dictature de Suharto et mort en 2006.

La Maison de verre de Pramoedya Ananta Toer

Traduit de l’indonésien par Dominique Vitalyos

Éditions : Zulma

Paru : novembre 2018 – 573 pages – 24,50 euros

http://www.zulma.fr/livre-la-maison-de-verre-buru-quartet-iv-572170.html