L’Année des secrets d’Anjana Appachana aux éditions Zulma

«  Un jour quand j’avais cinq ans, ma mère me dit en rentrant d’une représentation de cirque que les clowns n’étaient pas des gens heureux. Que derrière leurs sourires peints, se trouvent souvent des hommes très tristes. Je ne la crus pas. Sa sœur, ma Shantamama, qui était venue avec nous, fut choquée de la remarque de ma mère. Comment peux-tu dire une chose pareille à une enfant ? protesta-t-elle. Mais les mots de ma mère me sont restés en mémoire. Ils ont forgé la façon dont je me représente aujourd’hui mon magicien. car aujourd’hui je sais de quelle manière une belle histoire peut prendre racine dans un cœur pétrifié et ravagé par le chagrin. »

Nous sommes dans la grande littérature au cœur de ce magnifique roman polyphonique. Un bonheur véritable de lecture.

L’auteure à un sens profond de la psychologie de chacun de ses personnages. C’est l’histoire d’ une jeune maman du nom de Padma. Elle vit seule à Delhi, avec sa fille Mallika, 13 ans. Elle a suivi de brillantes études, a obtenu un doctorat et enseigne. Padma vit avec un terrible secret à propos du père de sa fille. Sa fille, elle chérie par sa tante Shantamama, se dit à elle seule, qu’elle connaît son père absent certes, jamais vu, mais elle a découvert une photo au fond du coffre à saris et donc c’est ainsi qu’elle lui parle, lui raconte sa vie tout en inventant la sienne.

Chapitre après chapitre, voix est donnée à Madhou et Anouradha, les voisines et amies de Padma, à sa sœur, à sa mère et à Mallika. Ainsi avec la parole de chacun, nous est révélé petit à petit, le secret qui croit être si bien gardé ! Chacun dévoile en se racontant, une partie du puzzle et alors que nous croyons tout comprendre, tout savoir, une nouvelle page, une nouvelle voix et un nouveau rebondissement s’annonce. Chacun se fait sa réalité, s’invente une vérité, mais quelle est-elle réellement ?

Oui c’est souvent comme cela nos vies, on croit savoir, comprendre l’autre mais ne croyez-vous pas que trop souvent on se permet de parler pour lui au lieu de l’écouter ?….. et là rien ne va plus.

Les femmes de ce roman, car oui il s’agit de paroles de femmes, ont eu très souvent le don de m’énerver au fil des pages, leurs jugements trop hâtifs sous l’impulsion de colères incontrôlées sont insupportables parfois ! Mais en même temps, sous la plume magicienne de l’écrivaine, je les entendais bien leurs voix, leurs plaintes, leurs peurs … pour les avoir aussi vécus comme nombre de femmes … Cependant …

Ces portraits d’ hommes, père, mari … ne sont-ils pas décrit de manière trop caricaturale ? La question mérite d’être posée je trouve. Non pas que je défende certains hommes justement trop détestables par leurs comportements sexistes et autres que l’on rencontre dans ce roman, cela est une chose trop réelle et regrettable … non je reste juste très sensible au final de l’histoire, à la version finale de l’homme à la fois coupable et victime !

Se livre ne se raconte pas, il se lit tout simplement. Et pour aller plus loin, je trouve qu’il pourrait être étudié dans les lycées au même titre que nos éternels classiques car il est sujet de belles analyses psychologiques, culturelles et sociales !

L’Année des secrets d’Anjana Appachana

Traduction : de l’anglais (Inde) par Catherine Richard

Éditions : Zulma

Paru : 2013 pour la traduction française – 592 pages – 24,80 euros