Le beau Juif de AliAl-Muqri aux éditions Liana Levi

 » Après avoir pris des cours chez le mufti pendant plus de deux ans, je me suis arrêté. Je continuais cependant à expliquer à Fatima certaines phrases qu’elle avait lues en hébreu dans le Talmud et n’avait pas réussi à comprendre. Elle était émerveillée par ce qu’elle découvrait, particulièrement les hymnes et les psaumes. Pour ma part, je continuais à me servir parmi les livres rangés dans la bibliothèque de la maison du mufti ; je les lisais sur place, n’osant pas les emporter chez moi, de peur que mon frère ou mon voisin Assaad ne les voient. »

Une découverte pour moi, que cet écrivain AliAl-Muqri, né en 1966 au Yémen, avec son deuxième roman Le Beau-Juif.

C’est son pays qu’il nous raconte dans ce passé du XVIIè siècle, à travers une histoire d’amitié entre Fatima, fille du mufti et le jeune Salem, jeune juif, fils de Youssef al-Naccache et d’Afraa qui résident tous au village de Rayda.

Tout a commencé alors que Fatima a invité son jeune ami chez elle pour lui apprendre à lire et écrire en arabe. Elle lui a présenté les grands penseurs comme Avicienne, comme elle lui a demandé de lui apprendre à son tour à lire et écrire en hébreu. Elle a souhaité qu’il lui apprenne la loi canonique juive pour pouvoir comparer avec ce qu’elle avait lu dans les livres arabes.  » Après ça, tu ne trouveras de rival à ta taille, excepté le rabbin en personne. » Elle a éclaté de rire.  » Vous n’êtes pas nos rivaux, à Dieu ne plaise, mais nos cousins, nos voisins et nos bien-aimés !  » Cette amitié et ce partage sont sincères et brûlant d’optimisme, d’ouverture au monde de la connaissance.

Seulement tout le monde n’avait pas cette largesse d’esprit, il fut déjà bien compliqué par la suite de se revoir. Elle enfermée chez elle et lui travaillant pour son père menuisier, ils vont trouver des petites astuces pour se rencontrer, savourer la présence de l’un et de l’autre. Et ainsi l’amour va grandir entre eux, jusqu’à ce que la passion amène à devoir partir, car ils savent que jamais ne sera autorisé leur liaison, celle de la musulmane et du juif malgré le fait que les deux communautés parviennent à cohabiter.

Quand Salem à dix huit ans, ils se marient en secret et fuient à dos d’âne vers la grande ville de Sanaa au cœur de la communauté juive. Ils ne sont pas au bout de leur joie et leur peine, tout reste encore à venir avec la naissance de leur fils, Salem.

C’est un roman d’amour, poétique et profond, d’une écriture douce l’auteur nous conte l’histoire des relations qui existent entre ces deux religions dans ce lointain passé comme il fait écho avec les actualités d’aujourd’hui. Une tragédie qui questionne !

La religion peut être source de rapprochement comme destructrice , elle peut devenir moteur de haine hélas lorsque le Message n’est absolument pas compris et totalement détourné de sa réalité.

Le beau-Juif d’AliAl-Muqri

Traduit : de l’arabe (Yémen) par Ola Mehanna et Khaled Osman

Éditions Liana levi

Paru : août 2011 – 157 pages – 14 euros