Le ciel à bout portant de Jorge Franco aux éditions Métailié

 » Si ce qui était annoncé était vrai, ce jeudi de décembre allait briser en deux morceaux notre histoire récente….

Je me suis approché de la table au centre, j’ai pris la télécommande et j’ai allumé la télé. Ils étaient en train d’essayer de le descendre du toit sur une civière qui oscillait entre les bras qui la portaient. Il était là, allongé, barbu, ensanglanté, le ventre à l’air ; en d’autres mots, mort.  » p19

Captivant ce roman de part une histoire de famille sous fond de vérité historique et de part sa construction narrative. L’auteur donne voix à de nombreux personnages à des époques différentes.

Tout commence par le retour de Larry, le jeune fils de Fernanda et Libardo, dans sa ville natale Medellin, en Colombie. Des restes de son père mort sont retrouvés. Cela fait 12 ans que ce dernier a disparu, suite, il faut préciser, à l’assassinat de Pablo Escobar le 2 décembre 1993. Oui Pablo Escobar le célèbre trafiquant colombien de cocaïne ! Libardo était son bras droit.

C’est tout un monde que l’auteur nous dévoile, ce monde violent nourrit par cette fameuse cocaïne. A mes yeux c’est un tableau obscur que nous dépeint l’auteur, ne laissant aucune place à la lumière si ce n’est cette rencontre dans l’avion du vol retour de Larry avec cette Charlie, et la découverte d’une demi-sœur …

C’était tout une époque celle du règne de ce cartel de Medellin, celle de l’enfance de Larry, mais à son retour trois ans plus tard après son départ pour l’Angleterre, que découvre t-il ? La ville a-t-elle vraiment changé ?

Je ne connais presque rien de la Colombie seulement en lisant Jorge Franco à travers ce roman, j’en déduis que tout n’est pas si réjouissant, du moins toujours dans cette ville de Medellin, surtout en suivant ces enfants de narcoterroristes, jeunes adultes comme Larry, Pedro, la Chauve-souris, Julieth qui sont toujours sous l’emprise de la drogue, malgré la fin d’un règne. Une scène, entre autre, m’a terriblement choquée, quand des propriétaires sont attachés et violentés par ce bandes……..

C’est toute une époque passée certes et aujourd’hui, à en lire la presse, elle donne fruit à un imaginaire insoupçonné que nous retrouvons en littérature, au cinéma, en peinture et dans le tourisme … je n’y comprends rien à l’esprit humain, comment est-il possible de se nourrir de tels criminels ? Les narcos fascinent plus que jamais  à ce qu’il paraît !

Ce roman a eu pour effet de m’inviter à lire des articles sur ce qui s’est passé avant et après Escobar. Et entre autre un interview du maire Federico Gutiérrez, en 2016 qui dit, je le cite : «  C’est une histoire fascinante, il faut le reconnaître. Il y a de l’adrénaline, des fêtes…. Ces récits donnent l’impression que la vie de Pablo Escobar était un film d’action. Ce qui est dangereux, c’est que ce personnage devient une fiction, en laissant de côté toute la souffrance qu’il a causée. Si on l’oublie, il peut facilement s’ériger en modèle pour les jeunes. On ne peut pas laisser faire ça. Cela dépeint aussi une ville qui n’existe plus. Nous sommes fiers de ce que nous avons réussi car nous nous en sommes sortis. Cela nous a coûté beaucoup. »

La Colombie est le premier producteur mondial cocaïne.

Merci à la Masse critique Babelio et aux éditions Métailié pour leur confiance.

#rentreelitteraire

Le ciel à bout portant de Jorge Franco

Traduction : de l’espagnol (Colombie) par rené Solis

Éditions : Métailié

Paru : janvier 2020 – 349 pages – 22 euros