Le Fou de Hind de Bertille Dutheil aux éditions Belfond

Coup de cœur

 » Dans la boîte, je trouve, au-dessus des photos, une feuille de papier pliée en quatre sur laquelle est griffonnée une longue citation, du Majnûn Layla je crois, celle qui commence par : Comment savoir, Layla ? – si je le sais un jour –, / Dans tous ces cheveux blancs qui couronnent ma tête, / Où sont ma part, ta part, et celle de l’amour ?L’histoire du Fou et de Layla a toujours été chère au cœur de mon père. Il gardait le recueil de poésies du Majnûn dans un gros volume arabe relié en cuir, qu’il ouvrait souvent, et dont il me lisait quelquefois des extraits. Mais je l’agaçais par mes questions ; alors, il fermait le volume, et m’expliquait que les poèmes avaient été écrits dans l’ancien temps de l’Arabie du Prophète, par un homme très amoureux et très malheureux parce qu’il n’avait pas pu épouser sa bien-aimée, quoiqu’il fût beau et riche. Ce récit suscitait de nouvelles questions : en aimait-elle un autre, parce qu’il était fou ? Non, elle l’aimait lui, le Fou. Il était devenu fou de n’avoir pu posséder Layla. Et, quand j’insistais pour savoir ce qui avait séparé les amants, mon père se troublait parfois, et réfléchissait.— Parce que le Fou a parlé, répondait-il. Parce qu’il a dit au monde entier, aux hommes, aux bêtes, aux oiseaux et aux arbres, qu’il aimait Layla. Et à cause de cela, les hommes n’ont plus voulu qu’il l’épouse. »

Un homme algérien, du nom de Moshin, immigré en France dans les années 70, vient de mourir. Sa fille Lydia va trouver dans ses affaires une lettre et des photos. Dans cette lettre elle lit entre autre : « … Je ne suis pas un homme bon. Je suis corrompu, j’ai péché au-delà de ce qui est imaginable, oui, et dans ma folie et mon inconséquence, j’ai été responsable de la mort d’un être innocent. Je suis un assassin, et je suis sans dignité car j’ai fait le mal et je n’ai pas eu la bravoure d’avouer mon ignominie à quiconque, pas même aux êtres que j’aimais le plus au monde… » Elle est abasourdie par ces mots si violents à recevoir. Puis sur ces clichés, les photos prisent d’une autre époque, elle découvre auprès de son père une enfant aux cheveux noirs, qui est-elle ? Elle sait qu’il a eu une enfant d’un premier mariage en Algérie, trente ans avant sa naissance, un bébé mort avant d’être sevré. Mais qui est donc cette petite fille alors ?

C’est tout une enquête que va devoir menée Lydia pour découvrir qui était ce père si méconnu. Et c’est d’une main de maître que va conduire l’auteure cette recherche active dans ce passé, un roman choral donnant voix à plusieurs personnages, des hommes et des femmes qui rappelés par leur passé vont raconter leur enfance commune, dans ce « château » dans lequel plusieurs familles d’immigrés vivaient communautairement. Malgré quelques longueurs très vite oubliées, nous sommes pris en haleine jusque la fin que de toute évidence je ne vous dévoilerai pas. Je ne vous en dit pas davantage non plus si ce n’est que je vous invite grandement à découvrir ce tout premier roman d’une auteure remarquable. Je ne comprends pas que nous n’en n’ayons pas davantage parlé ces dernières semaines !!! car il est véritablement magistral ! Un coup de cœur vous l’aurez compris.

https://www.youtube.com/watch?v=FOdzlFPnvy4

Le Fou de Hind de Bertille Dutheil

Éditions : Belfond

Parution : août 2018 – 400 pages – 18 euros