Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafon aux éditions Actes-Sud

 » Si les livres parlaient , il n’y aurait pas autant de sourds. Pour commencer, Fernandito, évitez de laisser les autres écrire vos dialogues. Utilisez la tête que Dieu a posée sur vos cervicales et rédigez vous-même le livret. Le monde es plein de charlatans avides de remplir le cerveau de l’homme respectable d’âneries  qui leur conviennent pour rester assis sur le baudet, la carotte à portée de main. »

 

Voici le dernier volet du cycle Le cimetière des livres oubliés, après L’ombre du vent édité chez Grasset en 2004, Le jeu de l’ange chez Robert Laffont en 2009, Le prisonnier du ciel chez Robert Laffont également en 2012, Le labyrinthe des esprits ferme magistralement ce cycle.

C’est un roman qui nous plonge dans le Barcelone des années 40, puis 60, dans l’Espagne franquiste. Plein de mystère, envoûtant, dans une ambiance toute particulière fidèle à l’auteur, mêlant réalité et fiction. Une enquête haletante sous fond de scandale national, tout à fait véridique par ailleurs.  Alicia Gris, agent du régime, dans toute sa splendeur magistrale, accompagnée de personnages rencontrés dans les précédents romans, va nous emmener dans une course folle, une véritable descente aux enfers.

Je suis très vite tombée sous le charme fatale de cette Alicia, magnifique portait de femme  » Alicia Gris voit ce que les autres ne voient pas. Son esprit fonctionne différemment. Là où tout le monde voit une porte, elle regarde la clef. Là où les autres perdent la piste, elle trouve une trace. Elle possède un don en quelque sorte. Et le mieux encore, c’est que personne ne la voit venir. »

J’ai beaucoup ri avec Firmin,  d’une verve  inégalable,  » Daniel surveillez votre circulation sanguine et faites en sorte qu’elle n’aille pas irriguer les parties basses de votre anatomie. Et ne vous laissez pas enjôler. » Et sous couvert d’un certain humour, il nous interpelle de réflexions pertinentes «  Ce n’est pas l’amour, c’est un accès de fièvre, précisait Fermin. A votre âge, il est chimiquement impossible de faire la différence. Mère nature use de semblables artifices pour repeupler la planète, injectant hormones et niaiseries à gogo dans les veines des jeunes gens pour se procurer de la chair fraîche disposée à pondre sans relâche et de la chair à canon prête à s’immoler au nom de pseudo-idéaux vantés par les banquiers, les curés et les illuminés de la révolution toujours en quête d’idéalistes, entre autres plaies, pour empêcher le monde d’évoluer et le maintenir sous leur coupe. » Un personnage hors du commun à sa manière. Tous apportent à leur façon saveur et délice à la lecture.

Un très bel hommage à la littérature.

J’ai tout aimé dans ce livre, il fait partie de ceux qui ont le don de nous faire tout arrêter pour les lire, les savourer. Éteindre les téléphones, débrancher les ordinateurs, se couper du monde le temps de la lecture pour se plonger corps et âme. Pur moment de grâce pour un lecteur qui sait s’abandonner aux livres. Véritable coup de cœur !

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafon

Traduction de l’espagnol par Marie Vila Casas

Éditions : Actes-Sud

Paru : mai 2018 – 845 pages – 27 euros