Le Sillon de Valérie Manteau aux éditions Le Tripode Prix Renaudot 2018

«  Puisque visiblement je suis collée à la case départ, j’en profite pour poser des questions basiques ; que signifie le nom du journal, Agos . Jean fait le geste de semer des graines par poignées. Agos, c’est le Sillon. C’était un mot partagé par les Turcs et les Arméniens ; en tout cas par les paysans, à l’époque où ils cohabitaient. Le Sillon, comme dans la Marseillaise ? Q’un sang impur abreuve nos sillons, quelle ironie, pour quelqu’un assassiné par un nationaliste. Jean acquise, si tu cherches des prophéties avec Hrant tu vas être servie. »

Où se situe la frontière entre fiction, autofiction d’ailleurs et réalité dans ce roman ? L’auteure est journaliste, a travaillé pour Charlie Hebdo de 2008 à 2013 et elle raconte ici, les déambulations d’une jeune femme journaliste française à Istanbul. Cette dernière est aussi amoureuse d’un jeune homme turque, et en quête d’un sujet, d’inspiration pour un prochain roman, elle découvre le récit de cet homme, journaliste également Hrant Dink. Ce dernier, arménien d’origine a été assassiné en 2007 par un jeune nationaliste turque devant son journal Agos qui veut dire Sillon.

Valérie Manteau à travers ce roman met sa plume au service des disparus, redonnant voix à ceux-ci comme à tous ceux qui luttent pour la démocratie dans ce pays dans lequel la jeunesse est de plus en plus en souffrance depuis quelques années, les journalistes emprisonnés. Elle nous redit également que Paris n’est pas la seule ville à avoir vécu l’horreur, et de ce fait elle décentralise un peu en allant voir ailleurs, en s’immergeant dans une autre culture touchée encore bien davantage. Elle nous éclaire un peu plus sur cette histoire tellement méconnue des Arméniens et des Turcs, des minorités.

C’est très intéressant, le sujet passionnant, un travail remarquable, seulement la forme, le style tient davantage du journalisme. Et ceci a des conséquences, pour mon cas, dans ma lecture. Moins de point d’accroche, pas facile à suivre, pas d’émotion aucune.

Le Sillon de Valérie Manteau

Éditions : Le Tripode

Parution : juillet 2018 – 262 pages – 17 euros

https://youtu.be/bHGAjJNOAEE