L’éloge du métèque d’Abnousse Shalmani aux éditions Grasset

«  Métèque est un mot hérité de l’Antiquité grecque : métoïkos, celui qui a changé de résidence. C’était un titre honorifique avant de devenir une insulte sous la plume de Maurras au XIXe siècle, puis de désigner ponctuellement au XXe siècle les Maghrébins et Africains immigrés, avant de se transformer en chanson populaire, pour finalement tomber en désuétude et en politiquement correct. Aujourd’hui, métèque est un mot d’hier, un mot qui passe mal, un mot qui dit la gêne vis-à-vis de l’étranger, de l’Autre, de celui qui n’habite pas là où il est né.  »

C’est un magnifique hommage à tous ces visages connus et moins connus comme Romain Gary, Martin Eden, le chevalier Saint-Georges, Hérode le Grand, Modigliani, Soutine et Chagall, Rushdie, Esméralda de Hugo…   que nous livre Abnousse Shalmani dans cet éloge du métèque qui vient de paraître aux éditions Grasset.

Qu’on-t-elles de commun toutes ces personnes ? Elles sont nées quelque par et vivent ailleurs, ne sont pas enracinées, elles sont métèques.

Métèque, une identité ? Non ce n’est pas cela pour Abnousse Shalmani, le métèque est davantage une figure à son sens.

 Et faire l’éloge du métèque, pour elle, je la cite  « c’est dire mon amour des sans-frontières, des sans-pays, des sans-terre. Mais c’est aussi raconter la souffrance et la solitude, les destins brisés et les cris perdus, c’est dire la xénophobie, c’est faire la nique aux préjugés, c’est accepter de ne jamais s’attacher à une terre.
Métèque, ce mot qui me définit et qui raconte une très longue histoire de passions, de départs sans retour, de splendeur, de suspicions, d’impossible et de liberté. »

A travers cette réflexion, elle souligne aussi comment le métèque s’est transformé au fil des années, en immigré (Noir, Arabe) après la seconde guerre mondiale, puis aujourd’hui il est le migrant :  » Le migrant n’est qu’un métèque déguisé, il reprend son rôle de bouc émissaire, c’est lui le coupable. »

Ce mot quelque peu démodé actuellement, l’auteure le réhabilite avec justesse dans cet essai, lui redonne vie et sens.

Les métèques ont tous en commun le rapport à l’amour, le rapport à la mort, le sens de l’esthétisme, c’est un tempérament, une ambition, une sensualité et une transgression :  » Le métèque est inévitablement transgressif. Et c’est la principale raison pour laquelle il est si mal aimé.  »

Un texte fort, lumineux pour tous les sans-pays !

« Avec mes mains de maraudeur,
De musicien et de rôdeur,
Qui ont pillé tant de jardins,
Avec ma bouche qui a bu,
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim
Avec ma gueule de métèque,
De juif errant, de pâtre grec,
De voleur et de vagabond  »
GEORGES MOUSTAKI, Le Métèque

Merci à la plateforme Netgalley et les éditions Grasset pour leur confiance.

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L’éloge du métèque d’Abnousse Shalmani

Éditions : Grasset

Paru : 9 octobre 2019 – 198 pages – 18 euros