Les grands cerfs de Claudie Hunzinger aux éditions Grasset

«  Les agriculteurs de montagne, eux, étaient excédés par ces aborigènes qui venaient camper dans leurs prés la nuit, qui leur piquaient l’herbe des fenaisons, et contre lesquels ils ne pouvaient rien : le grand gibier appartient à l’adjudicataire, comme on nomme celui qui a emporté le lot de chasse aux enchères, ou qui l’a acheté de gré à gré à la commune. Avocat d’affaires, médecin, industriel. Évolué ou non, l’adjudicataire tire. À la fin, il y a toujours tir.Pas assez, disait notre voisin, un jeune agriculteur engagé qui accueillait un migrant venu du Gabon, et qui faisait une nette différence entre humains et grands cerfs, comme tout le monde d’ailleurs. Moi, je n’arrivais pas, et n’arrive toujours pas, à séparer intrus et intrus. Proies et proies. Vivants et vivants. Les bêtes ne sont-elles pas une extension de nous-mêmes ? Ne nageons-nous pas, ne volons-nous pas, ne bondissons-nous pas grâce à elles ?  »

«  Le 29 octobre 2017, Dennis Banks, activiste, fondateur du Mouvement indien américain, est mort à Rochester dans le Minnesota. Selon ses volontés, il a été enterré dans une peau de bison avec ses bijoux sacrés.  »

Cette disparition fait résonance avec l’apparition en pleine nuit de ce que l’auteure nomme  » un tonnerre de beauté  » sur la route qui l’a conduit, qui conduit Pamina à sa vieille ferme isolée.

Et voilà comment tout a commencé !

Les Hautes-Huttes, c’est le lieu choisit par ce jeune couple Pamina et Nils qui ont forte ressemblance avec l’auteure et son compagnon de vie.  Un jour ils ont fait  le choix de s’installer loin des hommes, fuyant la société , dans ce coin isolé perdu dans les montagnes vosgiennes.

 » On ne s’était même pas rendu compte de ce qu’on faisait, en venant s’installer ici, Nils et moi. Du pur instinct. Et pourtant, je suis sûre que même si notre arrivée dans les montagnes semble avoir été une façon juvénile, anarchiste, de bondir hors du cercle des adultes, il s’agissait avant tout d’une décision poétique. Mais où est la différence ?  »

Ils ont vécu là sans se soucier pendant de longues années de ceux qui vivaient à leur côté, jusqu’au jour où Pamina va rencontrer Léo ce photographe animalier qui va l’initier à l’observation de ces grands cerfs.  Ces grands cerfs qui ont élu domicile tout proche de leur ferme. Accompagné de Léo elle va faire ses premiers pas dans l’affût et au-delà, de cet instant, elle va consacrer ses jours et ses nuits à l’observation, à la contemplation, s’aventurant bien au delà de la cabane ensuite.

C’est donc, à un véritable voyage à la découverte de ces géants des lieux, que l’auteure nous invite ici dans ce court récit.

Tout est douceur et beauté. Animaux et humains cohabitent naturellement. Les uns et les autres s’observent et se tolèrent.

C’est avec des yeux de poète, d’humaniste que l’auteure observe, vit la nature qui l’environne et nous l’a décrit.

Jusqu’à ce qu’une autre réalité s’avère nécessaire pour ce qui est l’ONF, les chasseurs ….

Il faut tuer, éliminer ces cerfs qui détruisent les arbres ……

C’est un pur anéantissement pour Pamina, oui voilà comment la société les a retrouvé tous les deux aux plus loin sur les hauteurs.

 » Comment concilier la joie du monde et la violence engendrée par l’espèce humaine ?  »

Ce récit est un véritable hymne à la nature et un cri d’alerte à l’insoupçonnable réalité qui menace toute une diversité biologique naturelle.

Ce livre est beau, seulement j’avoue que j’ai préféré entendre l’auteure parler de cette nature, de cette quête qu’elle vit avec ces nons-humains comme elle aime les nommer, sur France culture l’autre jour. Dans son écriture, c’est assez désordonné si je puis dire et construit étrangement pour moi, et peut être pas si contemplatif comme j’aurais pu l’espérer en lisant la quatrième de couverture. Cela est-il juste une conséquence d’un travail d’écriture  de la forme mal abouti ?

L’écouter, tout au contraire c’est entendre une voix posée, paisible.  Une voix douce et sensuelle qui nous met en réelle présence de ce qui est et de ce que nous oublions jour après jour autour de nous : la nature.

 Si je puis me permettre, je trouve que le livre n’est pas le miroir de cette femme qui parle si magnifiquement .

En tout état de cause, je suis heureuse donc de l’avoir entendu sur les ondes de France culture. D’avoir pu dans cet échange, mettre en lumière un peu plus ses choix, de cette vie au cœur même de la nature. Et je retiens entre autre, cette très belle idée qui semble me gagner de jour en jour, leur choix, en couple, d’un concept de vie de l’immobilité, étant comme un concept d’aventure de l’immobilité, sur place pour observer le monde autour d’eux.

Pour donner suite à cette lecture, j’ai l’envie d’écouter et découvrir cet anthropologue Philippe Descola ! Voilà où nous mènent les livres, à réfléchir, découvrir et avancer.

Merci à la plateforme NetGalley et les éditions Grasset pour leur confiance.

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Les grands cerfs de Claudie Hunzinger

Éditions : Grasset

Paru : 28 août 2019 – 192 pages – 17 euros