Les lettres de l’ombre, une nuit pour tes bras T1 d’Anaïs Bonaventure

 » Le cliquetis du clavier vient rompre
le silence de la pièce. Un son énergique, tapé avec rythme par des doigts assurés.
Rien ne semble troubler l’ombre humaine courbée sur son écran d’ordinateur.

L’ombre grogne et appuie avec hargne
sur la touche pour effacer, puis elle se laisse retomber. Avachi sur le canapé,
un soupir s’échappe de ses lèvres entre-ouvertes : foutus mots qui
refusent de sortir dans une bonne chorégraphie. Parfois, l’écriture pouvait se
montrer capricieuse…

Soudain, dans un sursaut, l’ombre se
redresse. Un sourire s’esquisse sur son visage et ses doigts s’agitent. De nouveau,
les mots dansent ! Le cliquetis du clavier reprend. L’écriture restait
pour l’ombre, le plus beau des cadeaux.  »

C’est une véritable plume que je viens de découvrir à travers ce roman à suspens que sont les Lettres de l’ombre, premier roman d’Anaïs Bonaventure.

Depuis quelques temps je m’ennuie dans des écriture fades, des styles, à mon goût, médiocres, composés de phrases courtes et âpres. Aucune poésie, voilà ce que je vous écrivais encore lors de ma dernière chronique à propos du dernier roman de Marie Darrieussecq.

Cette jeune auteure, Anaïs Bonaventaure, nous offre, elle, un univers stylé, recherché, envolé en nous présentant ce personnage d’Alan Ravenskie qui vit entre réalité et fiction. Nous le découvrons à l’œuvre comme capitaine au 36 quai des Orfèvres, un homme solitaire et égoïste que le monde ennuie profondément. Alors pour équilibrer son ordinaire, cet homme, la nuit venue, aime écrire des histoires, son œuvre est inspirée des faits qu’il rencontre dans sa vie de flic. Il faut bien les suivre Alan et son alter égo fictif Jack Donegan, pour parfois saisir les pensées de notre capitaine.

Un incendie au cœur d’une prison, un homme condamné pour proxénétisme est retrouvé assassiné, marqué d’une roue étrange suivi, quelques jours plus tard du crime de sa veuve. Alan se réveille véritablement à cet instant où il découvre qu’à chacun de ces crimes, une mise en scène quasi théâtrale est en place. Il rencontre dans le cadre de l’enquête une jeune étudiante en master création littéraire, Anna, comme un de ses professeurs, un certain Mathias Sollbat, écrivain célèbre.

Il ne sera pas facile de réunir tous les fils nécessaires à tisser la toile pour découvrir enfin le tueur Némésis.

Un roman qui se lit magnifiquement bien, l’auteure a véritablement mené elle aussi un travail approfondi de personnages complexes et intrigants qui nous offre au final une histoire passionnante. Une histoire qui, pour ma part, fait résonance avec le film Pablo Néruda signé de Pablo Larrain, dans lequel, fiction et réalité sont intimement liées, entre personnages vrais et autre complètement fantasmés.

Merci Anaïs pour votre plume sensible et intelligente, rare et interpellante. Cette nuit dans tes bras, est le premier tome des Lettres de l’ombre, force est désormais pour nous, d’attendre la suite !

Les lettres de l’ombre d’Anaïs Bonaventure

Éditions : aB édition

Paru : le 29 mai 2020 – 384 pages – 15,90 euros (Borché)