L’imprudence de Loo Hui Phang aux éditions Actes-Sud

«  Il n’est plus question de pays ni de terre. Pas d’archétype non plus. Rien qui soit rattaché à quelque région, ville, place, maison. Dans les yeux de l’Américain, j’ai compris cela : le seul endroit sur terre dont je peux revendiquer l’appartenance est le périmètre de ma peau. C’est là le seul, le vrai lieu qui est mien. Et le désir qui le hante, l’appétit, la souveraine pulsion de vie, me rappellent à chaque instant ses contours, ses reliefs, sa présence.  »

 

C’est une jeune femme française, arrivée à l’âge de un an avec sa mère, son père et son frère  d’origine Vietnamienne, qui s’étaient exilés au Laos. Elle n’avait que un an à son arrivée à Paris, de toute évidence, elle est parisienne. Seulement son frère lui avait déjà 11 ans à son arrivée et donc n’a pas le même vécu, les mêmes souvenirs, le même enracinement. Au moment où nous est racontée cette histoire, elle a 23 ans, elle est devenue photographe. Alors que son frère lui vit un véritable mal-être, elle est une grande jouisseuse.

Et puis un jour, un appel téléphonique du Laos annonce à la famille le décès de la grand mère ce qui implique le retour de la mère, du frère et d’elle même sur cette terre qui l’a vu naître mais dont elle refuse toute appartenance.

Sa vie rythmée de jouissances, va tout à coup être à l’arrêt. Lors de son séjour aux pays d’adoption de ses parents,  elle va créer un joli lien avec son grand-père, elle le découvre, l’écoute quand ce dernier lui confie quelques évènements de sa vie, de sa vie amoureuse d’ailleurs qui fait un écho à la sienne tout simplement.

La construction du roman est originale, il est écrit à la première personne et aussi à la seconde lorsqu’elle s’adresse à son frère dans sa tête bien souvent.

Lui tiraillé par ses deux cultures, elle, femme qui se dit libre ont bien du mal à se comprendre, à communiquer. Mais est-elle d’ailleurs si libre qu’elle le pense ? Chacun d’eux est sous l’emprise d’addiction, quand on est à ce point dépendant pouvons nous prétendre à être libre ?

Pour moi c’est un roman sur la quête d’identité, certes, mais sans vraiment être abouti à mon sens. J’aurai bien aimé entendre davantage la voix du frère par exemple..

Pour être sincère ce roman ne m’a pas transportée car il est trop empreint du déjà lu, des thèmes récurrents ainsi me lasse si j’ose dire. La drogue, le sexe, même si l’écriture peut être sensuelle et poétique, il n’ y a rien de positif au final. Est-ce là reflet d’une société en mal d’identité et qui ne sait pas vivre et s’épanouir autrement que dans l’excès ?

L’imprudence de Loo Hui Phang

Éditions : Actes-Sud

Paru : août 2019 – 140 pages – 17,50 euros