Maîtres et esclaves de Paul Greveillac aux éditions Gallimard

«  Kewei lisait sans être sûr de bien comprendre. Lui, Tian Kewei, fils de paysans moyen-riches, il était accepté quelque part. Aux Beaux-Arts. A Pékin. Afin d’y poursuivre sa formation de peintre. C’était tout bonnement inconcevable.. IL eut un bref vertige. Il devinait obscurément que sa vie prenait un cours radicalement nouveau, qui pourtant était celui de l’évidence.  »

 

Maîtres et esclaves, tout est dit dans ce titre très évocateur à mon sens. C’est donc l’histoire d’un enfant, du nom de Kewei, qui naît dans une famille de paysan du Sichuan au pied de l’Himalaya en 1950. Son père Yongmin a une passion : la peinture, il va à l’encontre de sa femme, transmettre cette passion à son fils unique, qui lui même un jour viendra la transmettre à son propre fils. Seulement à chaque génération, la peinture va être vécue différemment. Le contexte historique et cultuelle vont influencer ces dernières. A l’origine, Yongmin, illettré, peint la nature qui l’environne, quant à son fils Kewei, lui, son art sera au service du parti et le dernier de cette génération, Xiashi, lui ira en opposition à son père, à l’aide d’une très belle rencontre pour lui de  Liu le Pinceau, vers la nouvelle vague.

C’est donc une histoire de transmission de père en fils. De la relation père fils également.

Mais tout ceci dans un contexte géographique, politique et culturelle très particulier puisque l’auteur a choisi la Chine comme toile de fond de cette histoire d’abord familiale. Il nous invite donc à suivre l’évolution de ce grand pays, sous Mao et sa suite. Et nous apporte un bel éclairage sur le fait que finalement, maîtres et esclaves dans ce contexte, tous le sont à un moment donné. Mais qu’en est-il pour nous aujourd’hui dans le pays démocratique et libéral dans lequel nous vivons ? Inévitablement nous pouvons aussi nous poser de pertinentes questions, n’est ce pas ?

Une très belle découverte que celle de cet auteur ! Un roman passionnant, impressionnant et magnifiquement bien décrit sous une remarquable plume érudite.

Prix Jean Giono 2018

Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

Éditions : Gallimard

Paru : juin 2018 – 457 pages – 22 euros