Martin Eden de Jack London aux éditions Gallimard

 » … Puis il s’essaya pour la première fois à la nouvelle, et, sur son élan, en écrivit six qu’il envoyé à divers magazines. Il écrivait d’abondance, dans une concentration extrême, du matin au soir et jusque tard dans la nuit, ne s’interrompant que pour se rendre à la salle de lecture, aller emprunter des livres à la bibliothèque ou rendre visite à Ruth. Il était profondément heureux. Il vivait des jours intenses, sa fièvre ne retombait jamais. IL connaissait cette joie de créer qui est censée être le privilège des dieux…. La vraie vie était dans son esprit, et les histoires qu’il écrivait autant de fragments de réalité issus de son cerveau. Les journées étaient trop courtes pour tous les sujets qu’il voulait étudier…. »

De toute part ces dernières semaines le nom de Martin Eden résonne à mes oreilles …  sur les ondes, le film, cité dans des livres lus …… Alors j’ai eu l’envie de le découvrir. 

Quelle grande joie de lire ce roman si puissant à mon esprit.

Ce personnage m’a fascinée de toute part, ce jeune fou de littérature, amoureux de Ruth cette jeune bourgeoise qui n’est pas de son monde, va être le moteur du changement en lui. Pour elle il va étudier, les mœurs comme la littérature, la philosophie, la politique, il excelle en tout très rapidement. Alors très vite, il abandonne sa vie de travailleur besogneux pour se consacrer totalement à la lecture et l’écriture. L’écriture qu’il souhaite qu’elle devienne autant sa nourriture psychique, spirituelle comme sa nourriture terrestre. Mais cela lui réserve des surprises inattendues ! Des déceptions inimaginées .

Va-t-il vivre parvenir à vivre de sa plume ?

Lisez ce livre pour découvrir à votre tour cet homme lumineux, amoureux, au cœur si tendre et si altruiste, ce passionné tout simplement de littérature et de justice. Martin aborde tellement de sujet à discussion comme la politique, le monde des livres, entre les journalistes et les éditeurs …. J’ai comme le sentiment que cette histoire écrite dans ce que l’on pourrait dire un autre temps, peut être très justement transposée à notre société actuelle.. Les riches, les pauvres, ceux qui « réussissent », on se demande pourquoi, quand tant de talents restent dans l’ombre…. Le pouvoir ! ah le pouvoir, le pouvoir des mots, le pourvoir social, le pouvoir politique … Le pourvoir qui détruit des êtres trop bons….. Et le travail, ce travail qui avilit l’être humain pour enrichir certain …. qui rend esclave.. ce travail imposé pour interdire de penser …

J’ai envie de crier avec lui : Réveillez-vous, vous tous … Pourquoi travaillez-vous ainsi ? Dans de telles conditions ? Des questions actuelles, universelles … qui m’ont hantés pendant si longtemps jusqu’à ce que j’ose vivre comme je l’entends, même si je n’ai pas choisi le chemin classique du travail pour vivre ! Pas dans ces conditions ! Mais combien de Martin Eden ? Combien y en a t-il dans ce monde ? Combien ose vivre autrement ?

 » Mais rares étaient les moments où Martin était en mesure de penser. La maison de la pensée était fermée, ses fenêtres condamnées, et il gardait les lieux, c’était comme une ombre. IL était une ombre. Joe avait raison : ils étaient tous deux des ombres, reléguées dans les limbes éternels du labeur.  »

Ce livre va rester longtemps gravé dans ma mémoire et restera toujours à ma portée pour relire des passages relevés d’une brillante intelligence.

Martin Eden de Jack London

Traduction : Philippe Jaworski

Éditions : Gallimard

Paru : 2016 – 586 pages – 7,40 euros