Mazel Tov ! de Margot  Vanderstraeten aux éditions Presses de la cité

 » — Les vraies juives sont la pire clientèle qu’on peut imaginer, dit Milena. Elle prononçait le mot « juives » comme s’il avait mauvais goût. Je reconnaissais le ton de sa voix, la fermeté de ses propos et de son regard : c’est ainsi qu’on parlait parfois de Nima et des siens.Je n’employais jamais le terme de « juives ». J’avais du mal à laisser ce substantif franchir mes lèvres. Il me faisait penser à l’Holocauste. Il était à des lieues de l’élégance affirmée de madame Schneider, de la gentille Elzira et de la bouillonnante Sara.— Les « vraies » juives ? ai-je demandé en reprenant ses termes.Dans un tel scénario, l’emploi de l’adjectif « vrai » m’était, hélas, trop familier. « Mais au fond ce n’est pas un vrai musulman », « Tu ne peux pas dire de lui que c’est un vrai Iranien » et « Nima n’est pas un vrai réfugié » : combien de fois n’avais-je pas entendu ce genre d’affirmation ! Surtout de la part de gens qui, en dehors de Nima, n’avaient jamais vu de près le moindre Iranien ni rencontré d’autre musulman ou réfugié. »

Récit biographique, il semblerait ? Mazel Tov, c’est l’histoire d’une amitié naissante entre une jeune femme et une famille. Cette jeune femme, étudiante à l’université d’Anvers, à l’école supérieure de traducteurs et d’interprètes, pour payer son logement, propose son aide à des enfants pour du soutien scolaire, et c’est au cœur d’une famille Juive orthodoxe qu’elle va travailler, découvrir et aimer ces enfants d’une tout autre culture que la sienne.

Trente ans plus tard, elle nous raconte cette aventure, car au début s’en est une véritablement. Elle ne connaît rien à cette culture juive, à cette religion et fait de nombreuses erreurs, des boulettes on pourrait dire ! Seulement elle ne s’arrête pas là, elle s’interroge beaucoup, remet en question, ose la confrontation avec le père, un des fils Jacob et va être un soutien considérable pour le fille aînée Elzira qui souffre de dyspraxie. Petit à petit les liens se créent, des liens forts puisque nous allons découvrir que même lorsque les enfants en études supérieures et adultes ensuite, elle va continuer à les voir, à correspondre.

Il faut dire que cette jeune femme n’est pas fermée non plus comme certaines de ses amies, Milena par exemple. Car elle est en amour avec un jeune réfugié Iranien, Nima et jour après jour elle observe les difficultés rencontrées par son jeune ami, par leur couple, les paroles parfois blessantes des proches comme « Il est Iranien ? Mais pas musulman ? Musulman, mais pas pratiquant ? Ce n’est pas un vrai Iranien ? pas un vrai musulman ?  » La peur de l’autre, de celui qui n’est pas comme nous, celui qu’on ne connaît pas mais que l’on juge bien trop vite…Tout cela Margot Vanderstraeten le souligne parfaitement, avec une élégance ironique et une bienveillance. J’adore !

Derrière chaque culture, derrière chaque religion se trouve une femme, un homme qui l’un comme l’autre a un cœur qui bat, qui souffre comme il peut être joyeux et lumineux. Ne pas s’arrêter à tout ce qui nous colle à l’esprit, de ces préjugés parfois sans fondements… car qui peut dire connaître l’autre, si il ne cherche pas à découvrir son fort intérieur au delà de toutes ces barrières ?

Voilà un roman qui ouvre les yeux et les cœurs, les barrières sont là, les frontières existent mais osons comprendre pourquoi et surtout sans s’arrêter aux apparences, comme l’a si justement vécu Margot !

Merci pour ce magnifique récit !

Merci à la plateforme NetGalley et les éditions Presses de la cité.

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Mazel Tov ! de Margot Vanderstraeten

Traduction : du Néerlandais, Isabelle Rosselin

Éditions : Presses de la cité

Paru : 10 octobre 2019 – 355 pages – 20 euros