Mon père de Grégoire Delacourt aux éditions JC Lattès

 » Je lui répète ma question.

– Pourquoi mon fils ?

Il me regarde, toujours bienveillant. Il prend son temps avant de répondre.

– Vous ne manquez pas d’humour. Vous déboulez comme un Sarrasin furieux, vous détruisez mon église et votre seule explication est cette énigme : pourquoi mon fils ? Mais je ne sais pas ni qui vous êtes ni qui est votre fils.  »

Le narrateur, Édouard, père d’un petit garçon Benjamin commence à nous raconter son histoire, en confiant ses réflexions à propos d’Isaac le fils sacrifié d’Abraham. Dès l’âge de douze ans il est marqué à en faire des cauchemars de cette histoire terrifiante, très inquiété de ce silence, du silence des deux serviteurs présents lors de la scène et surtout d’Isaac : «  Il ne proteste pas, il ne crie pas quand son père l’attache, ne hurle pas lorsqu’il voit le couteau au-dessus de sa gorge, n’exige ensuite aucune explication.  »

Plus âgé il se pose la question à savoir comment un fils peut ainsi rester dans un tel silence.

Et puis là face à la cruauté des faits, il repense encore et plus que jamais à cette histoire, et Isaac devient le frère de son fils Benjamin.

Ce roman est une histoire de silence, comment Benjamin, ce jeune enfant a pu garder l’horreur pour lui seul ?

Le silence des victimes et le silence de ceux qui savent.

Et bien sur c’est une réflexion profonde sur le rôle des parents, entre autre du père ici, comme narrateur. Comment et dans quelle limite un père peut-il protéger son enfant ?

Comment le sacrifice est possible, au même titre que le pardon ?

Du vendredi au dimanche, jour de la célébration du seigneur, deux hommes, dans la sacristie de l’église, le père de l’enfant et le père abbé vont se trouver face à face. L’un demandant à l’autre de raconter les faits : le viol de son fils, de son fils Benjamin. Il veut entendre, il veut comprendre, même si il n’y a rien à comprendre.

D’une langue parfois insoutenable, le narrateur entend les propos du prêtre. Il voit son fils,  » Je vois le venin des paroles du pourceau couler déjà dans ses veines, infecter son sang, inonder son cœur de petit garçon.  » Au même instant, il revoit son propre père mort d’un cancer et s’interroge violemment pourquoi ce dernier, quand il était encore enfant,  ne lui a jamais parlé des hommes.

Il « reçoit chaque mot comme un coup de couteau dans le ventre, au visage et dans le cœur.  »

Tant de questions sans réponse.

Et pour reprendre son expression, tant de merde dans les yeux pour ne pas avoir vu la souffrance du fils, il aura fallu l’extrême urgence, l’hospitalisation pour comprendre ce qui se passait.

Grégoire Delacourt nous livre un roman magistral, il nous entraîne au fil des pages dans les méandres de l’âme humaine avec tout ce qu’elle a de plus abjecte, d’immorale……Il raconte la vengeance d’un père, de celui qui n’a rien vu et n’a rien pu faire. Et comme cela est avant tout une très belle œuvre littéraire, le final est remarquable ! Très surprenant, interpellant …..

Difficile de trouver les mots justes d’ailleurs pour vous décrire à mon tour ce roman, je vous invite davantage à le lire, car l’auteur à véritablement, lui, crée une très belle œuvre autour d’un thème qui a existé, qui existe toujours et qui existera encore ….. Bien malheureusement.

Il est beau, terrible, choquant, bouleversant. Merci monsieur Delacourt.

Pour tous les enfants innocents qui se font abuser sexuellement par ces hommes … prêtre, père, frère, ami, voisin …..

Mon père de Grégoire Delacourt

Éditions : JC Lattès

Paru : février 2019 – 220 pages – 18 euros