Nous n’avons pas vu passer les jours de Simone Schwarz-Bart et Yann Plougastel aux éditions Grasset

 » « Il est des questions qu’on ne peut se poser sans en devenir la réponse. »Longtemps, je me suis interrogée sur le sens de cette phrase qu’André avait prononcée lors de notre première rencontre et que je n’ai jamais oubliée. Je n’en ai saisi la signification que plus tard, en côtoyant jour après jour, pendant quarante-sept ans, cet homme au cœur troué, en méditation permanente devant la beauté et la cruauté du monde. Il n’y avait ni pluie ni vent ce jour-là sur le Quartier latin, mais le miracle était dans l’air. L’été s’approchait et s’annonçait comme un des plus ensoleillés du siècle après les neiges abondantes de la fin de l’hiver. Nous étions le 15 mai 1959. Je m’en souviens comme si c’était hier. Sidney Bechet, le divin clarinettiste de jazz, nous laissait une Petite Fleur éternelle, il venait de mourir. Il y avait des affiches sur toutes les colonnes Morris annonçant le retour sur scène à L’Olympia d’Édith Piaf. Au début de l’année, les barbudos de Fidel Castro étaient entrés à La Havane, suscitant une vague d’espoir en des lendemains qui chantent. Dans les librairies, le Aimez-vous Brahms ? de Françoise Sagan s’arrachait, pendant que le Lolita de Vladimir Nabokov suscitait bien des controverses. Le Festival de Cannes s’était ouvert avec la projection du nouveau film du chef de file de ce qui n’était pas encore la Nouvelle Vague, Les Quatre Cents Coups, d’un certain François Truffaut. J’avais vingt ans. Je ne savais rien de tout cela.  »

Comme je disais à mon amie hier, je suis tombée en amour de ce couple d’André et Simone Schwarz-Bart au quel Yann Plougastel redonne vie à travers ce récit passionnant qu’est Nous n’avons pas vu passer les jours signé aux éditions Grasset.

Oui Yann Plougastel a eu l’envie de les raconter  avec les confidences de Simone, illustrées d’archives extraordinaires …vraiment nous ne pouvons que lui dire un grand merci pour ce travail riche et ce magnifique témoignage de vie .

Simone se raconte, ses origines Guadeloupéennes, sa famille descendante d’esclaves, ses études à Paris et puis cette rencontre. Elle avait 20 ans en mai 1959, une rencontre comme un miracle. Perdue devant la bouche du métro Cardinal-Lemoine, un jeune homme comme une apparition dit-elle,  est venu et s’est adressé à elle en créole.

Ensemble ils ont partagé un café et surtout discuté des heures durant sur leurs connaissances… lui son manuscrit, un hommage aux siens, disparus dans les fumées des camps de concentration, qu’il venait de déposer chez l’éditeur.  » Ce jour-là, c’était comme si cela n’avait jamais commencé, mais que cela continuait. Ensuite, André et moi, nous n’avons pas vu passer les jours…

Ce juif solitaire et cette métisse fière et farouche, comme les présente l’auteur, étaient un couple qui mérite vraiment d’être redécouvert.

« « Les peuples nés de l’esclavage et de l’exil n’oublient pas la souffrance, même quand ils l’oublient. » C’est bien cette mémoire que nous avions en commun, tous les deux. Hélas, ni les siens ni les miens n’ont cherché à avancer sur cette passerelle qui existe entre nos deux histoires. » confie Simone à Yann Plougastel.

André a eu le Prix Goncourt en 1959 pour son roman Le dernier des justes édité chez le Seuil ce qui a provoqué des polémiques invraisemblables sur la scène parisienne et qui l’a fait quitter cette scène des insensés hypocrites pour se réfugier ailleurs loin du tumulte assourdissant.

Cet homme inconsolable, torturé par une jeunesse marqué à l’encre rouge par la guerre, le combat et la mort des siens, est devenu écrivain  non par goût littéraire mais par nécessité de dire, raconter les blessures,  » tous les cris muets de ces histoires humaines. »  Au lendemain de la guerre, sa lecture de Dostoïevski lui fut une révélation dans ce sens, il a compris à cette lecture combien  » la littérature pouvait expliquer la force sombre du monde. »

Je voudrais vous en parler des heures mais ce serait trahir la formidable rencontre entre Simone et Yann, ces deux voix qui font ressurgir d’un passé pas si lointain, un homme, d’une grande générosité semble-il, d’une très grande humanité, qui avait dressé un pont remarquable entre deux cultures sous apparences bien différentes mais qui avaient comme mémoire commune la souffrance.

Je vous invite tous à lire ce récit très touchant pour toujours découvrir mieux, comprendre à travers des plumes vivantes et humaines des vies, des fissures, des guerres intérieures gardées sous silence…. qui méritent d’être lues dans les collèges, les lycées …..

Bien sur je vais lire Le dernier des justes, ce qui vient aussi d’être édité ces dernières années et les livres de Simone !

Un immense Merci à la plateforme Netgalley et aux éditions Grasset

#Nousnavonspasvupasserlesjours #NetGalleyFrance

Nous n’avons pas vu passer les jours de Simone Schwarz-Bart et Yann Plougastel

Éditions : Grasset

Paru :  23 octobre 2019 – 208 pages- 19 euros