Où passe l’aiguille de Véronique Mougin aux éditions Flammarion

«  Bien oublier c’est ce qui me fait tenir. Ceux qui se sont trop souvenus sont morts. Serena a écrit sept livres sur le passé et le huitième l’a tuée. C’est Hugo qui me l’a annoncé il y a quelques années. Hugo mon ami, mon frère silencieux, lui aussi est parti, ça m’a fait comme une amputation quand il est mort. Moi j’ai tenu.  Bouche cousue, cerveau troué. La nuit, c’est plus dur de ne pas penser, les cauchemars ,e m’ont jamais lâché, mais la journée j’ai longtemps réussi à tout oublier. Parfois la mémoire est revenue pour me torturer- quand mon père est mort tout a ressurgi, j’ai plongé. A l’époque, le toubib m’a conseillé de « tout sortir pour m’en sortir ». Il était ravi de sa formule, ce con. les gens croient trop aux bénéfices du bla-bla, de nos jours pour un oui ou pour un nom il faut s’allonger sur le divan et raconter sa vie. On oublie les vertus carapaces du silence. C’est lui et lui seul qui m’a sauvé, le silence. »

Un roman tout simplement magnifique. Une histoire racontée avec une plume délicate, réaliste,  dans un contexte historique douloureux, non dénuée d’humour parfois. Nous sommes pris totalement par la vie de ce jeune adolescent Tomi,  fils d’un brillant tailleur mais qui ne veut rien entendre au fait d’apprendre ce métier. Victime de la déportation massive des juifs Hongrois, au cœur même de l’horreur , dans les camps de concentration, il va finalement choisir la couture pour survivre. Et de toute sa vie il ne va plus quitter l’aiguille en devenant , à l’âge adulte un monsieur de la haute couture. 
Merci à Véronique Mougin pour ce voyage dans le temps, dans l’histoire qui ne doit pas s’oublier, dans le monde la haute couture, qui est à lui seul tout un monde !
Merci à cet oncle de l’auteure qui a accepté de confier son histoire qui nous amène à réfléchir, à oser vivre sa vie et sa passion au delà du pire, s’élever, s’élever ….toujours …

 Où passe l’aiguille de Véronique Mougin
Éditions : Flammarion
Paru : janvier 2018 – 452 pages – 21 euros