Rue du pardon de Mahi Binebine aux éditions Stock

 » Je m’appelle Hayat. En arabe, cela signifie « la vie ». Voyez-vous ça ! J’étais « la vie » à moi seule, avec sa fraîcheur, sa lumière et ses promesses. En vérité, les enfants de la terre devraient tous porter le même prénom que moi. Ceci pour rappeler aux adultes que le dernier des marmots qui court pieds nus dans la rue du Pardon est un monde à lui seul. Un monde d’une richesse infinie, complexe, imprévisible, inconstant parfois, mais d’une extrême fragilité.J’ai dû naître sans cheveux car je n’ai pas le souvenir de blessures anciennes. Mère avait dû aimer le bout de pâte blanche qu’elle venait d’enfanter. Pour m’avoir baptisée de la sorte, elle avait dû nourrir de grandes ambitions à mon endroit. La drôle de créature qui gigotait sans cesse portera un prénom qui la dépasse. Tu t’appelleras la vie, mon enfant. Tu seras l’ombre et la lumière, l’eau, le feu, le ciel criblé d’étoiles, la lune muette et Sa Majesté le Soleil. Tu seras le fruit mûr, le sourire de l’ange, la brise des soirs d’été et les saisons capricieuses. Tu seras le fluide qui naît de l’étreinte des amants, la caresse du papillon à l’orée d’un baiser, tu seras le parfum entêtant des belles-de-nuit devenues insomniaques, tu seras, tu seras, tu seras…  »

Nous sommes en plein cœur de la médina de Marrakesh, rue du pardon, dans un quartier aux couleurs variées, aux odeurs stupéfiantes et aux gens exceptionnels.

L’héroïne de cette histoire assez fantastique, s’appelle Hayad. C’est une adolescente fascinée sous le charme incontestable d’une diva du nom de Serghinia, dite Mamyta. Hayad rêve car le quotidien dans son foyer familial est terrible, elle est victime d’inceste sous le regard lâche de la mère.

 « Cependant, comme savent le faire si bien les enfants avec leurs parents, je m’étais adaptée aux miens, à l’indigence de leurs sentiments et à leur laideur. Par une mystérieuse alchimie, j’étais parvenue à créer une bulle où je me réfugiais dès que l’environnement extérieur devenait toxique. À l’abri dans ma bulle, je me laissais emporter par le souffle des anges. Cela vous surprend, n’est-ce pas, qu’une nuée d’anges déguisés en papillons entraîne haut dans le ciel une fillette dans sa bulle ? « 

A 14 ans elle décide de fuir cette famille, de s’envoler de cette cage pour vivre la liberté tant rêvée. Elle s’engage auprès de Mamyta et de sa troupe. Cette dernière l’accueille comme sa fille. Ce qui va provoquer la jalousie de ses jumelles.

Hayat la narratrice, nous raconte cette enfance, ses rêves, son grand-père vénéré, celui qui lui rendait la vie plus supportable. L’amour de Mamyta, sa protection et toutes ses espérances en elle. La tante Rosalie qui sera là dans les moments délicats de sa vie, quand les Djinns se sont emparés de son être, son corps et son âme.

  » La joie est devenue mon métier, la légèreté mon royaume . »

Cette jeune fille va renaître à elle même et retrouver vie, joie et rêves.

L’auteur offre un magnifique hommage à ces femmes danseuses, femmes adulées et détestées, femmes  qui luttent dans leur art et leur personnalité pour la liberté essayant de rendre la vie joyeuse et colorée.

Un portrait bien différent de ce dont nous avons habitude de lire en ce qui concerne les femmes Magrébines ! Magnifique.

Un auteur par la même que je découvre avec ce roman et qui me donne envie d’aller plus loin dans son écriture.

Merci à la plateforme Netgalley et aux éditions Stock pour leur confiance.

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Rue du pardon de Mahi Binebine

Éditions : Stock

Paru : le 9 mai 2019 – 160 pages – 16,50 euros