Salina, les trois exils de Laurent Gaudé aux éditions Actes-Sud

 » Chez les Djimba, personne ne bouge. L’enfant est posé sur le sol, sous le soleil, et pleure. il faut attendre que Sissoko prenne une décision. L’enfant crie encore, emplit tout de sa présence de petit bout de vie. Les hommes restent assis. le temps passe et Sissoko ne prononce pas un mot. Tous comprennent qu’il a fait le choix de ne pas recevoir l’enfant. Il ne faut pas prendre le risque d’accepter un enfant dont on ne sait s’il n’apportera pas quelque malédiction… C’est alors que Mamambala, n’y tenant plus, se lève. Elle ne demande rien à Sissoko Djimba, traverse la foule, puis, sans craindre les bêtes qui se sont levées à son approche, elle saisit le paquet et le love au creux de son bras.  »

Tout commence par ce « jour des origines » :  l’arrivée d’un cavalier, qui dans le creux de son bras gauche, porte un nourrisson dans ses langes dont les cris ne cessent jusqu’à épuisement et puis ce fut  un long silence. Le temps est sans fin lorsque Mamanbala, au cœur de ce village du bout du monde, aux yeux de tous et surtout du clan Djimba, prend l’enfant et lui offre la tété. C’est une fille. A cette enfant elle lui donne le nom de Salina.

Ensuite c’est Malaka, le fils de Salina, bien des années plus tard, qui la menant à l’entrée du cimetière doit pour qu’elle puisse y rentrer, y être accepter, raconter le récit de sa vie. C’est dans une langue poétique, chargée d’émotion que ce dernier raconte le destin de cette femme aux trois exils.

Magnifique de tendresse et de cruauté. Histoire d’une enfant d’ailleurs, une étrangère arrivée dans un village, qui va l’aimer, grâce à cette Mamanbala et la haïr, car à 15 ans, elle est mariée de force au fils du chef qu’elle n’aime pas. Elle a un autre amour.

Une plume remarquable !

Salina, les trois exils de Laurent Gaudé

Éditions : Actes-Sud

Paru : octobre 2018 – 149 pages – 16,80 euros