Sans jamais atteindre le sommet de Paolo Cognetti aux éditions Stock

«  Sete avait quarante-sept ans et était un Tamang du Népal oriental. De larges pommettes, des yeux fins, la peau brune, il chargeait sa hotte sur son dos depuis tout petit : après une carrière de cuisinier et de porteur de haute altitude qui l’avait amené à escalader l’Everest, le Makalu, le Cho Oyu, le Dhaulagiri, le Shishapangma, lui aussi, avec l’âge, avait fini par gagner la vallée. Il travaillait maintenant dans les refuges du mont Rose en été et en hiver, et comme guide en automne dans des expéditions exploratoires comme la nôtre. Il parlait italien, riait souvent. J’ignorais si c’était une joie innée chez lui ou bien une ficelle du métier, un moyen d’éviter les questions directes. À Juphal, cela faisait quelques jours qu’il s’activait pour constituer la caravane dont il ferait partie avec son frère, cinq jeunes hommes pour le campement et la cuisine, cinq autres pour l’entretien des bêtes et le transport, et vingt-cinq mulets de bât chargés de tout ce qui, pendant cette marche de près d’un mois, nous serait nécessaire. Avec nous dix qui arrivions des Alpes, cela faisait quarante-sept, animaux et hommes confondus. Les tentes, le matériel, les vivres, le pétrole lampant pour cuisiner, le fourrage des mulets et les bagages de chacun furent attachés aux bâts ; l’eau était la seule chose que nous ne prenions pas avec nous : trouver chaque soir un torrent et l’emplacement où dresser le camp était la mission de Sete, qui n’avait jamais mis les pieds dans le Dolpo mais regardait nos cartes d’un mauvais œil. Il préférait demander le chemin aux muletiers et aux paysans que nous croisions. À Juphal il faisait chaud, et je ne savais pas très bien ce qu’il fallait que je prenne dans mon sac et ce qui allait sur le mulet, aussi lui demandai-je quand le moment serait venu de passer à des vêtements plus épais.  »

C’est l’amoureux de la montagne, que personnellement j’ai découvert avec son roman les Huit montagnes (2017) que je retrouve ici avec joie et affection.

Un récit de voyage, voilà ce qu’est ce nouveau écrit de Paolo Cognetti. Au cœur de ces quelques pages, car en effet le récit est court, il nous raconte dans une plume épurée, intimiste son extraordinaire excursion dans le haut Dolpo, dans le nord-ouest du Népal, au départ de Juphal. En compagnie de quelques amis chers, Nicola et Remigio et surtout d’une caravane préparée et conduite par Sete.  » Je savais qu’en montagne on marche seul même quand on marche avec quelqu’un, mais j’étais heureux de partager ma solitude avec ces compagnons de route. « 

Quelques années plus tôt, il était venu au Népal et il se demandait si il restait encore quelque part une montagne authentique, car il avait trouvé la modernité autant que dans nos Alpes.  La ville avait presque tout colonisé comme il le confie. C’est alors qu’il souhaitait aller plus loin. D’où cette nouvelle région à découvrir.

Ce voyage, organisé à la fin de la quarantième année de l’auteur, est largement inspiré, selon ses dires, du livre exceptionnel Le léopard des neiges de Peter Mathiessen qu’il a lu et relu et qui fait partie de ses bagages. Le soir ou dans ses moments de solitude, il aime relire des passages, même en regardant un paysage il s’identifie à la pensée de Mathiessen dans ces lieux.

Ce livre retranscrit donc ses sensations, son mal des hauteurs, cette vie quotidienne, simple des gens de voyage, les campements, des rencontres, à dire vrai j’ai trouvé celles-ci bien pauvres, à une seule personne il va pouvoir parler, cette femme, institutrice qui parle remarquablement l’anglais.. mais voilà cela reste un échange bref, d’ailleurs en l’a quittant il se dit qu’il ne sait même pas comment elle s’appelle.  » Tourner le dos au monde connu et découvrir à chaque pas un pan de monde nouveau. Marcher était notre mission quotidienne, notre mesure du temps et de l’espace. C’était notre façon de penser, d’être ensemble, de traverser le jour, c’était le travail que nos corps faisaient maintenant sans nous.  »

Oui finalement leur quotidien se résume à marcher, marcher …… sur le chemin sans jamais atteindre le sommet car comme l’avait écrit Mathiessen,  » le sentier est bien plus précieux que le sommet. Trouve un sens dans chaque pas, dans cette concentration.  »

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Sans jamais atteindre le sommet de Paolo Cognetti

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Éditions : Stock

Paru : le 9 Mai 2019 – 176 pages – 17,50 euros