Trois filles d’Eve d’Elif Shafak

 » Tu vois mon âme, poursuivit Mensur, j’aime les traditions des soufis bektachis ou mevlevis ou malâmatis pour leur humanisme et leur humour. Les Rinds étaient un peuple libre de tout préjugé ou intolérance – combien de gens se souviennent encore d’eux aujourd’hui ? Cette philosophie ancienne a disparu de notre pays. Et pas seulement ici. Partout dans le monde musulman. réprimés, censurés, effacés. Pourquoi ? Au nom de la religion, ils tuent Dieu. Au nom de la discipline et de l’autorité, ils oublient l’amour. »

Deux époques . Trois jeunes filles se rencontrent à l’université d’Oxford, d’horizons différents mais de même culture religieuse : musulmanes. L’une est la pécheresse, l’autre la croyante et enfin la déboussolée . Et c’est Péri, la déboussolée, que nous suivons justement tout au long de ce roman, de son enfance, à cette année d’étude jusqu’ à l’âge de 35 ans, épouse et mère bien installée. Adulte elle revient sur ce souvenir. Une année très particulière pour elle qui définira sa personne par la suite. Avec ses amies, elle va suivre un séminaire avec un professeur atypique de philosophie sur la nature de Dieu. Les échanges à ce propos sont fougueux, exaltés et le professeur joue un rôle crucial.
Dans ce roman, comme à chaque fois, Elif Shafak nous ouvre de nouvelles portes de réflexion de nature mystique, comme dans Soufi mon amour, documenté d’excellentes références , de très belles citations de Marx, de maître Eckhart, de Rûmi .

« …Comment accroître votre connaissance de vous même et du monde ? Ibn Rushd avait une réponse claire : par la réflexion. Le raisonnement. L’étude.
– Et Ibn ‘Arabi ?
– Il voulait à al fois la raison et les intuitions mystiques. IL croyait que notre devoir d’âtres humains était d’étendre notre sagesse….. »

J’ai beaucoup apprécié ces dialogues, ces échanges entre étudiants en quête avec le professeur de philosophie; voilà c’est ce que je retiendrai de ce roman, j’ai été moins passionnée par la Péri adulte et donc cette deuxième voix si je puis dire. Un excellent roman.

Trois filles d’Eves d’Elif Shafak
Traduit de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet
Éditions : Flammarion
Paru : janvier 2018 – 473 pages- 22 euros